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13122017

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Affaire Maranatha (suite) : «Monsieur Carvin n'est plus l'interlocuteur légitime»

A la suite de notre entretien avec Olivier Carvin, président de Maranatha mis en redressement judiciaire, l'avocat du collectif d'investisseurs CODDIMA, Philip Pechayre, a tenu à réagir pour contester les points de vue du dirigeant du groupe hôtelier.

Comment réagissez-vous aux explications données par Olivier Carvin ?
Devant tant d'inexactitudes, je suis perplexe. Je vous confirme que nous avons regroupé plus de 1 000 mandats individuels d'investisseurs représentant plus de 200 M€ de capitaux investis.
Je dénonce aussi avec force l'affirmation selon laquelle « la collecte aurait été arrêtée depuis un an et demi » alors qu'elle s'est poursuivie jusqu'en septembre 2017. Des millions ont été collectés de mars à septembre pour l'hôtel Christiana notamment et l'argent s'est envolé pour « rembourser » d'autres dettes pressantes mais pas pour acheter le Christiana ! Nous laisserons pour l'instant à d'autres le soin de qualifier la transaction qui a consisté à faire disparaître tout l'argent collecté par la société qui devait s'en servir pour réaliser son objet : acquérir un hôtel à exploiter !

Les investisseurs sont tous des propriétaires de parts d'hôtels, et non pas des créanciers. On pourra vous dire que dans toute création d'entreprise il y a des risques !
Ceci est faux puisque tous les actionnaires des « club deals » sont bénéficiaires d'une promesse unilatérale de rachat, ce qui leur confère légalement une double qualité :
1) ils restent bien entendu actionnaires tant qu'ils n'ont pas exercé leur promesse de rachat, c'est-à-dire exigé le rachat dans les délais au montant prévu ;
2) mais ils sont aussi créanciers de la promesse de rachat jusqu'à son échéance. N'en déplaise à monsieur Carvin qui est expert-comptable, mais pas juriste: Maranatha est débitrice de ces promesses ! Il s'agit de créances « à échoir », à déclarer comme telles par tous les bénéficiaires et il s'agit bel et bien d'un « passif » certain à comptabiliser comme tel chez Maranatha SAS. Soit environ 300 M€ au total !

Le but d'Olivier Carvin est de trouver un partenaire financier qui va prendre la place de ceux qui veulent partir. Cinq discussions sont, dit-il, très avancées. N'est-ce pas une bonne issue pour Maranatha ?
Cette déclaration de monsieur Carvin est très intéressante ! Ce qui m'amène à quatre observations :
1°) Pourquoi trouverait-il aujourd'hui un partenaire pour s'associer avec lui maintenant que son entreprise est en redressement alors qu'il n'a pas pu en trouver un depuis 2015 face à la situation impossible de liquidité dans laquelle se trouvait Maranatha ?
2°) Les investisseurs regroupés avec nous n'ont pas du tout l'intention de laisser monsieur Carvin, qui n'a pas mis un sou dans les hôtels et qui n'est plus commandité en raison de la mise en redressement, discuter d'un montage qui affectera les droits de mes mandants qui eux ont quasi intégralement financé toutes les structures hôtelières.
3°) Pour être plus clairs encore, les commanditaires avaient abandonné leurs droits et d'autres avantages au commandité parce qu'ils disposaient, en contrepartie, de promesses de rachat à valeur croissante qui compensaient ces « abandons ». Du fait de l'impossibilité de se faire racheter leurs titres et du fait de l'illusoire responsabilité indéfinie du commandité en faillite, mes mandants exigeront désormais que monsieur Carvin et Maranatha ne disposent plus d'aucun avantage de commandité et nous laissent discuter à armes égales avec les partenaires que nous sommes en mesure d'identifier ou qui sont pressentis par lui ou les organes de la procédure.
4°) Les partenaires financiers qui " discutent" avec monsieur Carvin devraient assez vite comprendre qu'il n'est plus l'interlocuteur légitime (il n'est plus commandité et il est infiniment minoritaire) alors que notre regroupement qui se poursuit détient la majorité du capital et des créances des hôtels.

Vous estimez que c'est avec vous que les partenaires financiers doivent rechercher les compromis pour préparer l'avenir ?
Oui. Bien entendu les administrateurs judiciaires ont un rôle capital à jouer, mais nous souhaitons faire respecter les droits de ceux qui ont tout financé et entendent bien qu'on ne leur impose pas une solution. Surtout si cette solution est celle d'un commandité incapable d'assumer ses responsabilités soi-disant illimitées !

Vous ne pensez pas le schéma de constituer une foncière avec tous les hôtels est une bonne idée ?
Le « bon schéma » de monsieur Carvin ne peut pas être évalué tant que nous ne connaitrons pas les comptes détaillés de chaque hôtel ainsi que les détails de la galaxie juridique du groupe qui contient pour nous encore trop de trous noirs.
Nous ne sommes pas convaincus que monsieur Carvin soit le mieux placé désormais pour dire aux investisseurs où se situent leurs intérêts. Nous entendons bien leur demander leur avis et les conseiller de manière indépendante. Il y aura d'autres voix que la sienne pour parler à ces investisseurs.

Sur l'idée de fusion, vous êtes hostiles aussi ?
Il y a au moins un point sur lequel nous sommes d'accord : c'est compliqué de fusionner 114 sociétés. C'est pourquoi nous informons tous ceux qui ont à décider sur ce sujet que les investisseurs qui nous ont mandatés exigeront que plusieurs scénarios soient examinés dont la fusion n'est qu'un « schéma » qui n'est pas, loin s'en faut, celui qui recueillera le soutien des investisseurs qui nous mandatent.

Pour 100 investis, affirme monsieur Carvin, la valorisation est aujourd'hui de 105/110. C'est votre avis ?
Il est extraordinaire de constater qu'il cite des valorisations aussi enthousiasmantes lorsque ses propres commissaires aux comptes n'ont pas cessé de trouver ses évaluations exagérées au point de refuser de signer les comptes.
Propos recueillis par Jean-Denis Errard le 5 décembre 2017

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>> Affaire Maranatha : quel sort pour les fameux Hôtels du Roy ? (5 décembre 2017)

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>> L'interview de Philip Pechayre, avocat du collectif CODDIMA (27 novembre 2017)

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