04122021

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Gestion d’actifs

Convictions, équilibre et performances

Adeline Salat Baroux

Interview de Adeline Salat-Baroux, Gérante du fonds EdR Fund Healthcare

Vous êtes la gérante principale du fonds Edmond de Rothschild Fund Healthcare. Quand a-t-il été lancé ?

Avec un encours de 450 millions d’euros, Edmond de Rothschild Fund Healthcare est l’un des plus anciens fonds de notre gamme puisqu’il a été créé en avril 1985. L’engagement d’Edmond de Rothschild Asset Management est historique sur cette thématique porteuse qu’est la santé.

Quel est votre univers d’investissement ?

Il s’agit d’un fonds actions internationales qui investit sur l’ensemble de l’écosystème du secteur de la santé, un secteur bien plus vaste que ce qu’on imagine a priori. Nous avons identifié une vingtaine de sous-secteurs qui couvrent l’ensemble des sociétés mondiales, petites et grandes capitalisations confondues. Ceux-ci sont répartis entre quatre grands domaines d’activité : les laboratoires biopharmaceutiques, les biotechnologies, les équipement médicaux et les services de santé.

Avez-vous défini une allocation d’actifs cible ?

Au sein du portefeuille qui compte une quarantaine de lignes, nous veillons à toujours respecter un équilibre entre les différents segments. Nous équilibrons aussi nos investissements entre les grandes sociétés qui sont les piliers du système de santé et les sociétés plus dynamiques, au profil plus risqué, ayant un fort contenu d’innovation. Celui-ci est piloté de manière constante. En ce sens, nous nous différencions de la plupart des autres fonds, plus spécifiques, également investis sur le secteur mais avec des biais plus marqués.

Et d’un point de vue géographique ?

Compte tenu de la profondeur du marché américain, nous sommes très présents aux Etats-Unis où nous réalisons près des trois quarts de nos investissements. Nous sommes investis également sur les valeurs européennes et dans les pays émergents. Les ventes générées par les grandes sociétés du secteur sont très internationales avec des revenus significatifs dans les pays émergents et en Chine particulièrement. De ce fait, nous avons décidé de ne pas initier de couverture de change même si nous avons la possibilité de le faire.

Quels sont les thèmes d’investissement du moment ?

Le secteur de la santé est en pleine transformation avec des innovations technologiques majeures. La génomique, la robotique, la télémédecine ou l’intelligence artificielle font partie de nos thèmes d’investissements. Toutes ces innovations vont notamment transformer la qualité des soins et le suivi des patients. Nous recherchons en permanence de nouvelles opportunités tout en maintenant l’équilibre entre les différents segments de notre univers d’investissement. Nous veillons également à répartir équitablement les positions défensives et les positions offensives dans le portefeuille. Nous préservons ainsi le portefeuille d’une trop forte volatilité.

En combinant aussi petites et grandes capitalisations ?

Tout à fait ! Et cela constitue un élément de différenciation majeur. Les grandes entreprises apportent visibilité et rendement. Il s’agit de sociétés établies générant des revenus récurrents et disposant d’un portefeuille de produits diversifié. Quant aux plus petites capitalisations, elles sont certes plus risquées mais aussi plus innovantes, ce qui leur confère davantage de potentiel de performance. D’une manière générale, il faut garder à l’esprit que le secteur est tout de même structurellement défensif compte tenu de l’augmentation progressive des dépenses de santé au niveau mondial. Il s’agit d’ailleurs d’un des principaux moteurs du secteur.

Quels sont les autres ?

Il faut avant tout parler de l’innovation thérapeutique. Le secteur de la santé est leader dans les dépenses en recherche et développement rapportées au chiffre d’affaires. Le cycle d’innovation a accéléré ces dernières années. 59 nouveaux traitements ont été approuvés par la FDA aux Etats-Unis en 2020 et 71 sociétés de biotechnologies se sont introduites en bourse l’année dernière. Toutes ces innovations se font dans de nombreuses aires thérapeutiques et apportent des solutions à des besoins médicaux encore non adressés.

Mais les process d’innovation semblent parfois longs et donc source d’aléas. Comment gérez-vous cela ?

Il faut effectivement donner du temps au temps. Le secteur a néanmoins montré récemment sa très grande capacité à innover et à mobiliser des investissements importants pour faire face à la crise du covid19. Nous avons pu observer des avancées considérables dans de nouvelles plateformes technologiques : c’est le cas des ARN messagers, sur lesquels travaillait le laboratoire Moderna depuis une dizaine d’années, mais aussi de l’immuno-oncologie et des thérapies ciblées dans le domaine du cancer.

Vous avez intégré une approche ESG à votre processus de gestion. Comment s’articule-t-elle ?

C’est un autre élément structurant et différenciant de notre gestion. Notre approche ESG a été validée par l’obtention du label ISR il y a un an. Il est en effet important de construire notre démarche autour de critères d’impact fondamentaux tels que, par exemple, un accès aux soins pour le plus grand nombre. Cela peut se faire en bonne intelligence via des politiques de prix adaptées ou encore des programmes de dons. Ainsi Sanofi Pasteur, qui fournit depuis 40 ans des doses de vaccin contre la polio, fait des dons réguliers pour contribuer à l’éradication de la maladie tout en soutenant les programmes de vaccination.

Quelles sont les perspectives du secteur ?

Nous sommes très optimistes. La dynamique d’innovation et l’élargissement de la couverture de santé de la population mondiale sont les moteurs clés de la croissance à long terme. On anticipe une hausse annuelle de 5,6 % des dépense de santé aux Etats-Unis jusqu’en 2028. En Europe, la croissance des dépenses va rester supérieure à celle du PIB. Dans les pays émergents, qui cherchent à rattraper leur retard, on peut s’attendre à une croissance à deux chiffres pour la décennie à venir.

Qu’en est-il des valorisations ?

Il y a de réelles opportunités d’investissement : par exemple, on observe pour les grands laboratoires biopharmaceutiques des décotes de l’ordre de 30 à 40 % par rapport au marché. Le secteur nous parait globalement délaissé par les investisseurs comme ce fut le cas en 2009. Nous anticipons une performance solide portée par la croissance de résultats et une revalorisation du secteur. Les opérations de fusions-acquisitions pourraient également continuer de stimuler les cours.

TB