26062022

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Gestion de Fortune n° 331 - Janvier 2022

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L'Edito de Jean-Denis Errard

 Over and out

 Les arnaques au placement ont toujours existé. L’histoire est émaillée de grandes escroqueries, la plus fameuse étant sans doute celle imaginée par l’américain Charles Ponzi juste après la première guerre mondiale. En France, des lois ont renforcé la protection des épargnants, notamment en attribuant à l’Autorité des Marchés Financiers des pouvoirs de contrôle et de sanction bien plus étendus que ceux de l’ancienne Commission des Opérations de Bourse. Mais on en est tous témoins : on est très loin du compte pour empêcher les escrocs de sévir. Ne serait-ce que parce que les réseaux sociaux permettent à des officines étrangères localisées dans des pays à basse protection de prospecter en France. En outre, les trous dans les filets réglementaires de l’AMF sont très nombreux.

Le législateur a sa part de responsabilité en laissant prospérer des zones de non droit. Une responsabilité aggravée lorsqu’il encourage la truanderie, notamment par la brèche de la défiscalisation. Tous les spécialistes avérés de la gestion de patrimoine savent ce qu’il en est de la performance réelle des solutions commercialisées en la matière.

Depuis quelques années, spécialement depuis que l’assurance vie en euros a perdu de sa superbe, les escrocs de tout poil pullulent, souvent avec un aplomb incroyable. Depuis que les banques ne font plus le travail de conseiller de proximité sur les solutions d’épargne, les clients sont souvent livrés en proie à leur propre naïveté et à leur inculture financière, prompts à croire aux plus incroyables impostures et manipulations.

Un exemple récent d’une invraisemblable supercherie illustre bien le type de fraude auxquels particuliers comme professionnels de la gestion de patrimoine peuvent être confrontés. Voici une start-up, Air Next, qui promettait de révolutionner le transport aérien grâce à la blockchain. Tout semblait crédible et le jeune fondateur avait même sonné à la porte de l’AMF pour ses levées de fonds (en cryptomonnaie) ; il avait aussi recruté 35 collaborateurs. L’entreprise se fait immatriculer au greffe du tribunal de commerce, avec une troublante facilité en dépit d’indices incitant au doute (tel que le capital social déclaré de 1 milliard € !). Patatras, l’AMF émet une mise en garde sur cette société. Son fondateur, interrogé par ses collaborateurs sur cet avertissement, reconnait alors que... tout n’est qu’illusion et usurpation d’identité. Un indice avait jeté le trouble des limiers de l’AMF : dans l’attestation bancaire fournie, Air Next invoquait le soutien de « Edemond de Rotschild ». C’est donc une faute d’orthographe qui a trahi cet escroc. Une histoire similaire vient de se produire en Allemagne avec la start-up Savedroid. Son fondateur Yassin Hankir s’est envolé avec la caisse, 50 M$ levés en cryptos. « Thanks guys ! Over and out... » (« Merci les gars ! Terminé pour moi, me voilà loin... ») a-t-il posté sur Twitter à l’intention de ses investisseurs... avant d'affirmer le lendemain que c'était un canular. Arnaque ratée?

Ponzi, Madoff, et autres Stavisky sont décidément éternels !