18072024

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Tendance

Assurance emprunteur : la délégation fait son retour en force dans le courtage


argent billets bonheurAlors qu’elles s’effaçaient derrière les substitutions, les délégations ont doublé en un an chez Cafpi, signe d’un rééquilibrage du rapport de force entre intermédiaires et banques depuis la réouverture des vannes du crédit.

 

 

 

  

Les banques sont-elles devenues plus conciliantes sur l’assurance emprunteur ? Le rapport de force semble en tout cas se rééquilibrer au profit des intermédiaires, à en croire les dernières données livrées par Cafpi. Le réseau de courtiers, en présentant son bilan du 1er semestre 2024 le 2 juillet, livrait un indicateur résolument à contre-courant des tendances de 2023.

Substitution stable

La délégation d’assurance emprunteur - réalisée au moment de souscrire le contrat de prêt - a en effet été multipliée par deux au premier semestre 2024 après une baisse continue depuis 2019. Bien que Cafpi refuse de communiquer des chiffres précis, cette évolution n’en reste pas moins significative étant donné le poids du réseau du courtage.

« Nous avons 330 000 points de contacts par an avec des clients potentiels, précise cependant Caroline Arnould, directrice générale de Cafpi. Nous recontactons ceux dont nous ne pouvons traiter le crédit pour leur proposer de négocier leur assurance emprunteur. »

Cette envolée de l’activité de délégation pour Cafpi n’est pas liée à un regain d’intérêt de la clientèle pour les assurances extérieures à la banque. Les demandes de substitution d’assurance, possible sans limite dans le temps après la souscription du crédit depuis la loi Lemoine, ont triplé depuis son application en 2022 mais le marché s’est rapidement stabilisé.

Les demandes ont beau être supérieures de 50 % à ce qui prévalait avant l’entrée en vigueur du texte, elles se traduisent rarement par un changement d’assurance : 80 % des emprunteurs qui sont passés par Cafpi sont toujours sous le régime de leur contrat bancaire initial, soit un point de moins seulement qu’en 2022.

Progression de la délégation

Si la répartition entre délégations et substitutions d’assurance est historiquement en faveur des délégations chez les courtiers, une baisse constante du taux de délégation se constate depuis 2020.

« Les deux tiers de notre activité sur l’assurance concerne maintenant la délégation, alors que nous étions à 50/50 avec la substitution en 2023 », indique Stéphane Bolelli, directeur assurances et placements.

A l’échelle du marché, la tendance était encore plus prononcée, comme l’indique le dernier bilan de l’assurance emprunteur du Comité consultatif du secteur financier (CCSF) : « La répartition des adhésions en assurance emprunteur sur ces réseaux de distribution des contrats alternatifs externes montre une bascule significative de la délégation d’assurance qui représentait 60 % de la production en 2021, vers la substitution d’assurance qui représente 72 % de la production en 2023. »

Ce même rapport montrait que la part des délégations accordées aux courtiers en crédit dans les délégations externes était en chute libre. Si la part des contrats de courtage est très variable d’un réseau bancaire à l’autre, elle était en forte baisse sur la moitié d’entre eux. Au global, elle passe de 36 % en 2019, à 19 % en 2020 pour s’affaisser à 12 % en 2023.

Assouplissement des politiques bancaires

Ce retour en grâce pour Cafpi - dont les montages et demandes en crédit augmentent de 25 % à fin juin sur un an - pourrait donc signifier - au moins pour les grands réseaux - le retour à de meilleures auspices pour le courtage. Les politiques commerciales agressives des banques sur le crédit se traduisent par des efforts sur les taux consentis mais aussi par un assouplissement de leurs conditions : durée de crédit dépassant plus facilement 25 ans, dérogations à la domiciliation bancaire… et consentement à choisir une assurance emprunteur extra-groupe.

« Quand les banques ne pouvaient plus marger sur le crédit en raison de la remontée rapide des taux, elles margeaient sur l’assurance emprunteur. Elles n’en ont plus la nécessité maintenant, explique Julien Langlade, président de Cafpi. De plus, puisque nous devons présenter obligatoirement trois offres à chaque client, il est toujours possible de faire un choix alternatif si la délégation coince auprès d’une banque. »

Au bénéfice de tous les emprunteurs ?

Il faudra maintenant voir si ce renouveau de la délégation bénéficiera à l’ensemble des emprunteurs ou seulement à une partie. La résiliation infra-annuelle (RIA), rendue possible par la loi Lemoine, a jusqu’ici majoritairement été utilisée par les CSP+, qui représentent 58 % des substitutions et 69 % des délégations pour 27 % des crédits. Pourtant, la RIA peut bénéficier à des catégories plus modestes : pour un couple non-cadre de 30 ans dont l’emprunt s’élève à 250 000 €, l’économie réalisée en changeant d’assurance emprunteur peut dépasser les 20 000 € sur la durée du prêt, selon les calculs de Cafpi.