07122022

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Gestion d’actifs

Une enquête de Natixis IM confirme les craintes d'OFI


fleche bas

Les sujets de préoccupation se font plus pressants. Dans leur publication intitulée « Grand Angle », les experts d’OFI s’attendent pour la fin de l’exercice 2022 à un sursaut de volatilité associé à un manque de visibilité. Et, selon une enquête de Natixis IM, la récession menace.

Inflation, changement de cap des banques centrales, remontée des taux d’intérêt, baisse des marchés actions, guerre en Europe, tensions géopolitiques, risque de récession…, le décor que brossent Jean-Marie Mercadal, directeur des stratégies d’investissement chez OFI Holding, et Eric Bertrand, directeur général délégué et directeur des gestions d’OFI Asset Management, n’est guère réjouissant. Et ce d’autant moins que le pire n’est peut-être pas dans les cours des actifs cotés. Malgré un niveau plutôt élevé des bénéfices des entreprises, les valorisations des actions ont diminué.

« Les valeurs cycliques devraient être pénalisées par le ralentissement économique qui se profile, font observer les professionnels à l’issue d’un comité de gestion. Les valeurs de croissance devraient se reprendre en relatif avec la stabilisation des taux obligataires. Le dollar devrait rester solide, mais une consolidation est possible. »

Pour les experts d’OFI, la principale logique sous-jacente de 2022 est la suivante : les taux d’intérêt étaient beaucoup trop bas par rapport à l’inflation, au plus bas depuis plus de 40 ans. « Les perspectives économiques se détériorent dans un contexte géopolitique assez anxiogène, soulignent les stratégistes. Ceci fait que la stagflation, tant redoutée, est bien là ! »

Démondialisation et transition énergétique

La croissance économique annuelle mondiale pourrait se situer autour de 3 %, contre une estimation de 4,5 % en début d’année. Compte tenu de sa dépendance à l’énergie russe, la zone euro semble la plus à risque. La croissance de l’Euroland est attendue à près de 2,8 % cette année et à 2 % en 2023, mais avec une probabilité non négligeable de révision à la baisse. Les chiffres sont les mêmes de l’autre côté de l’Atlantique. En Chine, les prévisions de croissance sont supérieures à 5 % par an sur deux ans.

« La persistance de tensions internationales et la possible recrudescence des tensions sociales pourraient marquer les prochains mois, indiquent Eric Bertrand et Jean-Marie Mercadal. Les populations supportent très mal la hausse des prix alimentaires et énergétiques et revendiquent des mesures de soutien. Les gouvernements distribuent du pouvoir d’achat, alors que les finances publiques sont déjà mal en point dans la plupart des pays. Tôt ou tard, la question de l’harmonisation des règles budgétaires de la zone euro devra être traitée, la Banque centrale européenne ne pouvant éternellement se substituer en sauveur. »

Les tensions sino-américaines sont réelles, avec la volonté, pour les Etats-Unis, d’être moins dépendants des usines chinoises dans les chaînes de production et, pour la Chine, désireuse de se recentrer vers la consommation domestique, d’être moins dépendante des exportations vers les pays occidentaux. « Des mouvements de relocalisation pourraient s’amorcer, en déduisent les spécialistes d’OFI, d’autant plus que la multiplication des échanges intercontinentaux est négative pour l’empreinte carbone. » Parmi les facteurs d’inquiétude figurent aussi la démondialisation et le coût de la transition énergétique qu’il conviendra de répercuter à terme aux utilisateurs.

Pessimisme et opportunités

Malgré tout, du fait du ralentissement économique qui s’annonce, il n’est pas exclu que les programmes de hausses de taux d’intérêt enclenchés n’aillent pas à leur terme et, donc, que l’essentiel des remontées des rendements obligataires ait eu lieu. Autre bonne nouvelle : les entreprises paraissent solides. Ces dernières années, leurs bilans se sont assainis. Les attentes de profit sont assez « résilientes ». De façon générale, au-delà du comportement erratique des marchés, le pessimisme des investisseurs est souvent le signal d’un rebond technique.

Pour les stratégistes d’OFI, une nouvelle vague baissière constituerait une opportunité d’investir plus franchement. Conduite auprès de 34 experts, gérants de portefeuille, analystes financiers et économistes, la dernière édition de l’enquête semestrielle de Natixis Investment Managers, elle, révèle que la récession est « inévitable » pour 24 % des responsables sondés, tandis que 64 % la considèrent comme « possible ». Pour 9 personnes sur 10, la politique des banques centrales constituera le facteur d’influence majeur pour le marché.

S’agissant de l’inflation, revenue en force sur le devant de la scène, les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des hausses de salaires sont les trois principaux moteurs. La gestion « value » est privilégiée. Il semble que les actions décotées soient en passe de prendre le relais des valeurs de croissance. Une tendance qui pourrait durer quelques mois (pour 58 % du panel), voire quelques années (pour 24 %). Si la hausse des taux, l’inflation et les tensions géopolitiques ont dominé le premier trimestre, font remarquer les responsables de Natixis IM, ce sont dorénavant les craintes de récession qui grandissent et viennent assombrir les perspectives des économies et des marchés mondiaux.

« Dix ans d’environnement de taux bas et un accès facile aux liquidités ont entraîné une confiance excessive et conduit à une surperformance significative des actions de croissance, souligne Katy Kaminski, chief research strategist and portfolio manager chez AlphaSimplex Group. Cette situation est désormais résolue.»

Rupture et changement de paradigme

Durant plus d’une décennie, le principal facteur de performance du marché fut la convergence unique de taux bas, d’une faible inflation et d’une volatilité réduite. Depuis le début de l’année, on assiste à un changement de paradigme, dont l’inflation a été en grande partie le catalyseur. « En conséquence, précisent les spécialistes de Natixis IM, 7 personnes sur 10 positionnent l’inflation sur le podium des risques. En dépit d’une légère inflexion après l’atteinte d’un point culminant, l’érosion monétaire obtient la note maximale sur l’échelle des risques pour 36 % des responsables consultés. » 46 % des personnes ayant participé à l’enquête pensent que les problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement, qui ont contribué à stimuler l’inflation au début de la pandémie, continueront à peser jusqu’à la fin de l’année.

Toutefois, moins d’une personne sur quatre pense que l’inflation restera durablement élevée. Face aux perspectives de hausse des taux et de resserrement des politiques monétaires, les stratégistes placent la récession très haut sur la liste de leurs inquiétudes. Pour 64 % d’entre eux, elle est un risque majeur. Cela dit, pour 65 % des experts interrogés, le risque le plus important est lié à la géopolitique…

Les marchés obligataires ont subi des pertes sans précédent alors que, selon une idée pourtant répandue, les obligations sont exemptes de risque. Si le pic inflationniste a été dépassé, le moment serait opportun pour chercher des placements en emprunts, par exemple dans les secteurs de la finance, de l’énergie ou de l’industrie. Pour Natixis IM, le monde a changé de façon spectaculaire au premier semestre 2022. L’ère de l’argent facile permise par la politique d’assouplissement quantitatif, les taux bas et la faible inflation a coïncidé avec des années de surperformance pour les marchés.

« Une rupture a eu lieu et conduit à une nouvelle normalité marquée par une plus grande volatilité et une plus grande incertitude », concluent les responsables du Natixis Center for Investor Insight.

ML