L’IA : Ja oder nein ?

Dans une tribune, Nicolas Domont, gérant associé chez Optigestion, s’interroge sur l’IA : « Rester à quai ou monter à bord ? » De son côté, dans un billet, le Dr Hendrik Leber, fondateur d’Acatis, se pose une question : « Entre l’engouement pour l’IA ou les cornflakes, où vaut-il la peine d’investir ? » Eléments de réponse.

 

Les infrastructures précèdent les usages

 

« L’histoire économique, fait observer dans une tribune Nicolas Domont, gérant associé chez Optigestion, montre que les capitaux ne se répartissent jamais de manière uniforme et qu’il se dirigent vers les secteurs capables de transformer durablement l’économie. Hier, le chemin de fer, l’électricité ou Internet. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle. » La concentration des flux alimente régulièrement les débats. Quand certains y voient les prémices d’une bulle, c’est avant tout, pour Optigestion, l’expression d’une forte conviction des marchés.

 

L’intelligence artificielle constitue l’une des plus importantes révolutions technologiques depuis l’arrivée d’Internet. Lorsqu’une nouvelle ville émerge, les premiers investissements ne concernent pas les habitations, les bureaux ou les commerces. Ils financent les routes, les ponts, les réseaux d’eau et les réseaux d’électricité. « Les infrastructures, souligne Nicolas Domont, précèdent toujours les usages. L’intelligence artificielle suit une logique comparable. Avant d’imaginer les applications qui transformeront nos habitudes de consommation, nos méthodes de travail et l’organisation des entreprises, il faut construire les fondations nécessaires à leur développement. »

 

Cela passe par des data centers toujours plus puissants, des semi-conducteurs spécialisés, des réseaux de communication performants et des capacités énergétiques susceptibles d’approvisionner l’ensemble de l’écosystème. Cette phase de construction explique pourquoi les capitaux se concentrent actuellement sur les infrastructures liées à l’IA. Les investisseurs ne financent pas seulement une technologie. Ils financent l’outil de production d’une « future vague de croissance », avant que les gains de productivité ne se diffusent progressivement à l’ensemble de l’économie.

 

« Les chemins de fer ont précédé l'industrialisation à grande échelle, argumente Nicolas Domont. Les réseaux Internet ont précédé le commerce en ligne. Les data centers ont précédé l'explosion du cloud. Aujourd'hui, l'accélération des infrastructures de calcul prépare une nouvelle vague d'usages liés à l'intelligence artificielle, dont une grande partie reste encore à inventer. » L’IA transforme déjà la production de services, l’analyse de données, la recherche et l’automatisation de tâches répétitives. Le financement d’infrastructures adéquates produit une concentration des flux. Plus les perspectives de croissance sont importantes, plus les capitaux affluent. Plus les capitaux affluent, plus les capacités de production augmentent. Un « cercle vertueux » se met en place.

 

La concentration ne garantit pas le succès

 

« A l’image d’une boule de neige qui grossit en dévalant une pente, illustre l’e stratégiste d’Optigestion, les investissements attirent de nouveaux investissements, renforçant encore l'attractivité de la thématique. Pour autant, concentration ne signifie pas succès garanti. Entre les infrastructures, les fournisseurs de technologies, les plateformes et les futurs usages, les gagnants de demain ne seront pas toujours ceux que l'on imagine aujourd'hui. » La création de valeur se déplacera vers les entreprises capables de transformer l’innovation en croissance durable. C’est dans la capacité à sélectionner les entreprises les mieux positionnées au sein des grandes transformations que la gestion active prend tout son sens. Pour mémoire, le Top 5 du fonds Optigestion Monde se compose d’Alphabet, Nvidia, Broadcom, TSMC et SK Hynix.

 

Dans son billet mensuel de juin, le Dr Henrik Leber, fondateur de la société de gestion indépendante allemande Acatis, estime pour sa part que nous sommes dans une période où l’accélération s’accélère. « Un tel rythme ne correspond pas à nos cerveaux humains, programmés pour des vitesses de l’âge de pierre, fait-il remarquer. Mais il est bien réel. Après la machine à vapeur, les chemins de fer, les engrais chimiques, l’électricité et Internet, c’est désormais l’IA qui stimule de développement, grâce à la combinaison de la puissance de calcul, de programmes et de la disponibilité des données. » Une phase accompagnée d’exagérations qui rappelle la ruée vers l'or. Selon Acatis, il faut compter entre deux et quatre ans entre le moment où des excès sont constatés et l'éclatement d'une bulle. Pour l’heure, les répercussions sur notre monde physique s'amplifient.

 

D’après le Dr Henrik, un tournant « positif » peut être pris si la révolution de l’IA nous conduit vers un monde « plus respectueux » : de meilleurs matériaux, de meilleures batteries, une vie plus saine, une moindre consommation de ressources… Cathie Wood a publié un document sur les évolutions à venir sous le titre « ARK’s Big Ideas », que le stratège adepte de la « value » résume ainsi : « Les agents d'achat autonomes basés sur l'IA accélèrent les comportements d'achat. La puissance de calcul s'étend, tant dans les grands centres de données que de manière décentralisée dans nombre d’applications spécialisées. Les agents IA prennent en charge les tâches routinières. La finance décentralisée s’effectue de plus en plus sur la blockchain. Le bitcoin s’impose comme l’or numérique. Au sein du système financier blockchain, des applications financières autonomes s’imposent. »

 

Ce n’est pas tout ! « En médecine, la disponibilité de vastes données génomiques conduit à un meilleur développement de médicaments et à des traitements personnalisés. Les technologies d’édition génétique permettent de guérir des maladies d’origine génétique, et non plus seulement d’en atténuer les symptômes. Une meilleure compréhension des processus de vieillissement permet de ralentir, voire peut-être d’inverser le vieillissement. La conduite autonome gagne en puissance. Les robots facilitent la fabrication. La demande en électricité augmentant massivement, les centrales nucléaires prendront en charge une partie de l'approvisionnement. »

 

Une nouvelle révolution se profile

 

Cela dit, au-delà de ces « grandes idées », il existe d’autres tendances que la fondatrice d’ARK Invest ne mentionne pas, par exemple dans le secteur agricole. « Pour nous, poursuit le Dr Henrik Leber, en tant qu’investisseurs, la question se pose : qui tire profit des transformations ? Peut-on identifier les gagnants à long terme ? Combien de temps dure un avantage concurrentiel ? Dans quels pays les transformations ont-elles lieu ? Quels pays en récoltent les bénéfices et quels pays en supportent les coûts ? Comment les secteurs traditionnels vont-ils évoluer ? Nous continuerons à manger des cornflakes tous les jours, à acheter de la nourriture pour chiens, à boire du Coca-Cola. » Conclusion : il faut essayer de tenir à la fois compte des thèmes d'avenir et des thèmes traditionnels. C'est précisément dans les secteurs « ennuyeux » et actuellement « négligés » qu’Acatis trouve des opportunités d'investissement avec des valorisations « attractives » et des dividendes « élevés ». Si l'engouement pour l'IA prend fin, les portefeuilles maison auront des titres d’entreprises qui produisent des biens de consommation courante. Ce qui n’empêche pas le flagship Acatis Aktien Global Fonds de détenir des actions comme TSMC, Nvidia et Alphabet, ses trois principales lignes.

 

A noter, par ailleurs, qu’Acatis a lancé dans le passé deux fonds qui ont recours à l’IA pour la sélection des titres : Acatis AI Global Equities et Acatis AI US Equities. Ces dernières années, leurs performances ont été nettement inférieures à celles de leurs catégories (actions internationales et actions américaines) et de leur références indicielles (MSCI Monde et S&P 500). Oddo BHF Artificial Intelligence, qui utilise aussi l’IA (pour détecter les « sous-thèmes » les plus générateurs d’alpha et les entreprises innovantes liées au thème de l’intelligence artificielle) s’en sort beaucoup mieux…

 

Sincère ou de circonstance, l’enthousiasme pour l’IA n’est pas sans intriguer quelques professionnels. D’aucuns, comme Laurent Chaudeurge, membre du comité d’investissement de BDL Capital Management, parlent de goulots d’étranglement, eu égard aux investissements colossaux réalisés par les « hyperscalers », d’une rentabilité incertaine et, même, de la perspective de cash-flows négatifs. Mais le progrès est inarrêtable ! « Alors que la déflagration venue de l’IA continue de se propager, écrit dans un point de vue Alexis Bienvenu, gérant à La Financière de l’Echiquier, une nouvelle révolution se profile déjà : l’informatique quantique. A l’horizon de la prochaine décennie, elle pourrait transformer en profondeur la sphère numérique. »

 

ML

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