Dans le sillage de la loi industrie verte, l’introduction des actifs non cotés dans les contrats de gestion pilotée des PER fait son chemin. Mais la réglementation ne peut pas tout. Reste à convaincre les épargnants de la nécessité de se projeter à long terme en allouant une part de leur épargne aux actifs privés malgré les questionnements de beaucoup d’entre eux. Il en va de leur propre intérêt comme de celui des entreprises françaises.
Préparer sa retraite par capitalisation en investissant une partie de ses avoirs sur des actifs non cotés ? Un réflexe pertinent mais encore loin d’être généralisé malgré l’évolution positive de la réglementation. Avec la loi industrie verte adoptée en octobre 2023, une étape majeure a en effet été franchie dans les allocations de long terme. Depuis octobre 2024, les Plans d’épargne retraite (PER) individuels gérés en gestion pilotée doivent compter une proportion minimale d’actifs non cotés. Une part obligatoire qui varie selon le profil et le degré d’aversion au risque de l’épargnant (prudent, équilibré, dynamique ou offensif). Pour les PER d’entreprise gérés en gestion pilotée, le délai a été repoussé au 31 décembre 2026.
Pourtant, l’essentiel reste à faire : convaincre les épargnants français du bien fondé de détenir des placements non cotés pour préparer leur retraite. En effet, si la curiosité des épargnants pour les actifs non cotés grandit, plusieurs freins persistent : beaucoup d’entre eux considèrent encore les marchés privés (Private Equity et dette privée) comme des placements risqués, aux frais d’entrée élevés, réservés aux investisseurs institutionnels et qui ont de surcroît l’inconvénient d’être peu liquides. Cette perception a beau évoluer favorablement, un long chemin reste à faire pour convaincre une part croissante des épargnants d’investir sur cette classe d’actifs à long terme.
Les actifs privés doivent pourtant prendre toute leur place dans la constitution de l’épargne des Français en vue de la préparation de leur retraite. Entreprises et épargnants ont des intérêts convergents qui nécessitent d’accélérer dans cette direction. Tout d’abord, il est primordial de mieux flécher l’épargne vers le financement de l’économie réelle. Les investissements nécessaires pour financer la transition énergétique, la réindustrialisation et la mise à niveau de nos capacités de défense se chiffrent en centaines de milliards d’euros. Si les entreprises doivent lever des capitaux dans une optique de moyen-long terme, le soutien financier des banques restera limité car il ne peut excéder le montant de leurs actifs de long terme. C’est ainsi que les marchés privés peuvent et doivent jouer un rôle déterminant dans le financement de l’économie sur le temps long, sans attendre un retour sur investissement immédiat. Les entreprises françaises non cotées, qui constituent le tissu de notre économie, doivent ainsi pouvoir compter sur le financement privé.
Réintroduire la culture du temps long
Ensuite, ces actifs non cotés ont la capacité d’offrir aux épargnants une source de rendement performante à condition de ne pas chercher de retour sur investissement à court terme. Bien entendu, il ne s’agit pas pour l’épargnant de placer 100% de ses placements dans des actifs privés mais de diversifier suffisamment son épargne-retraite sur cette classe d’actifs afin de réduire l’exposition de son portefeuille à la volatilité des marchés financiers. L’enjeu est d’aller chercher du rendement de long terme tout en améliorant son couple rendement-risque. Une combinaison gagnante pour l’épargnant.
La prise de risque reste de toute façon limitée si elle s’inscrit dans le temps long. L’horizon de la retraite permet justement aux épargnants en activité de se projeter longtemps à l’avance, en fonction de plusieurs critères (âge, situation personnelle et professionnelle etc.). Cette réintroduction de la culture du temps long n’est pourtant pas évidente. Elle implique pour les institutions financières de réaliser un effort de pédagogie afin de mieux faire connaître ces produits financiers, leur fonctionnement, l’utilité économique des investissements etc. Réconcilier les épargnants français avec l’investissement de long terme est une nécessité collective qui implique un effort de toutes les parties prenantes.
par Xavier COLLOT, directeur général de Sienna
