MiCA fait le tri parmi les plateformes de cryptoactifs

Faute d'avoir obtenu leur agrément PSCA avant l'échéance du 1er juillet, plusieurs PSAN cessent leurs activités dans l'Union européenne. Si Binance est le cas le plus emblématique, d'autres acteurs organisent l’après pour leur portefeuille de clients comme d’actifs.

« Nous vous informons que Binance France ou aucune autre entité du groupe Binance n'obtiendra d'agrément MiCA d'ici le 30 juin 2026. Par conséquent, Binance France n'est plus en mesure d'accueillir de nouveaux utilisateurs et, à compter du 1er juillet 2026, ne proposera plus de services sur cryptoactifs en France. »

Si le mail adressé aux quelque 2 millions de clients français du prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) tombé le 24 juin était attendu, il n’en reste pas moins lourd de conséquences. La plateforme aux 300 millions d’utilisateurs dans le monde a échoué à obtenir son agrément comme prestataire de services sur cryptoactifs (PSCA), imposé par le règlement européen sur les cryptoactifs (MiCA) aux PSAN pour poursuivre leur activité.

En conséquence, ses services vont être suspendus dans tous les pays de l’Union européenne à compter du 1er juillet. Seuls les retraits resteront possibles. Les investisseurs pourront transférer leurs actifs vers un portefeuille auto-hébergé ou vers un autre PSCA.

« La souveraineté financière numérique se construit par des acteurs qui jouent le jeu de la régulation, a taclé Deblock, première plateforme à avoir obtenu l’agrément en France. La sortie de Binance pose un vrai risque : sans alternative française solide, ce sont des plateformes étrangères — Coinbase, Kraken, Crypto.com — qui capteront les utilisateurs orphelins. »

D’autres plateformes ayant échoué à l’agrément PSCA ou choisi de ne pas le demander ont opté pour une solution différente. Bitget, qui revendique 120 millions d’utilisateurs au niveau mondial, a choisi Coinhouse « afin d’accompagner les utilisateurs français de la plateforme dans le transfert et l’accès à leurs cryptoactifs », écrit-t-elle dans un communiqué.

Coinhouse, qui a obtenu des mains de l’AMF l’agrément PSCA, va également récupérer l’activité de gestion de cryptoactifs de Tilvest. Selon les informations de l’Agefi, l’accord porte sur le rachat de l’ensemble des actifs de Tilvest – 500 M€ à date – et la reprise de ses clients.

Julien Romon, président de Tilvest et Vincent Martin, responsable partenariats et distribution, devraient continuer à exercer au sein de Coinhouse par le biais de la marque « Tilvest by Coinhouse ».  

Pour Binance, l’interruption pourrait n’être que temporaire, puisque l’entreprise « reste déterminée à obtenir un agrément MiCA », indique-t-elle dans son mail. Un haut responsable de l’entreprise a confirmé à Reuters que le PSAN s’apprêtait à relancer ses démarches.

Le parcours de Binance dans l’espoir d’obtenir le précieux sésame a été jusqu’ici chaotique. La société avait initialement déposé un dossier en Grèce, mais le régulateur local s’était ému de ses sanctions passées. Changpeng Zhao, son fondateur, a été condamné pour blanchiment d’argent avant d’être gracié par Donald Trump en 2025, tandis qu’une information judiciaire a été ouverte en France pour « blanchiment aggravé, blanchiment de fraude fiscale, blanchiment en lien avec un trafic de produits stupéfiants et exercice illégal de la profession de PSAN ».

Binance a tenté sa chance dans d’autres pays, dont l’Irlande et la Lettonie, sans davantage de succès.   

Les difficultés de Binance, première plateforme du marché, illustrent celles d’un écosystème face au niveau d’exigence du nouveau statut de PSCA. La casse va être importante, puisque seules 200 sociétés ont obtenu l’agrément en Europe sur les milliers en exercice jusqu’ici. En France, une vingtaine a obtenu l’agrément sur la centaine que comptait l’Hexagone jusqu’ici.

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