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L'Edito du mois - Décembre 2018

 

L'Edito de Jean-Denis Errard

Rédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Fusible

sur les neuf premiers mois de cette année, les détenteurs d’assurance vie ont versé 30 Md€ sur les supports unités de compte (selon les données de la Fédération Française de l’Assurance, UC). Soit 29 % du total des versements. Mais curieusement aucune donnée n’est communiquée sur le type de placement effectué derrière cet acronyme-paravent d’UC. Des fonds boursiers ? De quel type ? Des fonds immobiliers, SCI, SCPI, OPCI ? Des fonds structurés ? Des fonds de private equity ? C’est secret défense !

Dans son rapport 2017, l’ACPR a « recommandé aux assureurs vie... d’adapter leur offre au nouvel environnement. Les acteurs concernés, est-il écrit, ont en réponse engagé... la réorientation de la collecte nette vers les supports libellées en unités de compte pour limiter la dilution du rendement de l’actif général ». Sans plus de précision !

Certes, l’énorme masse des fonds en euros a pris l’allure d’une bombe à retardement face à la hausse des taux longs qui se profile. Mais n’en est-ce pas une autre d’embarquer le tiers de l’épargne vers des supports variables tout en assurant la liquidité ? Laquelle liquidité a même été accentuée avant huit ans par la flat tax.

On sait que bien des assureurs, pour ne pas dire presque tous, ont insisté auprès des souscripteurs pour basculer vers les UC. « De nombreuses publicités incitent le souscripteur à investir sur des unités de compte », observe l’ACPR dans son rapport, rappelant avec sobriété « la nécessité de messages équilibrés faisant apparaître clairement les risques associés à ce type d’investissement ». Bref, l’ACPR encourage les épargnants à se jeter dans le bain des risques (boursiers et immobiliers) sans s’enquérir de savoir de quoi il s’agit.

« Les fonds en euros ne rapportent plus, les UC c’est la bonne affaire », affirme-t-on aux assurés depuis plusieurs années. La bonne affaire, on sait pour qui, assurément, puisque les frais de gestion de l’assurance vie cumulés à ceux du fonds et à ceux du mandat d’allocation d’actifs pèsent très lourds.

Mais une question va devenir prégnante : qui va trinquer quand les marchés vont se retourner ? Les CGP pourront-ils invoquer la pression de leur partenaire assureur, souvent à coups de bonus – et parfois la contrainte – pour justifier le conseil donné vers les UC ? Pourront-ils se réfugier derrière l’éminente demande du régulateur ? Alors que la directive DDA entre en application immédiate – donc pour les nouveaux comme pour les anciens encours – les tribunaux risquent de se montrer impitoyables sur la qualité du conseil à l’égard de clients rétifs le plus souvent à tout risque de pertes en capital.

D’un côté, on a des régulateurs, AMF et ACPR, qui surveillent l’application des normes de protection de l’épargnant et de l’autre, parce que les fonds en euros sont jugés systémiques, ces mêmes régulateurs ne semblent pas s’alarmer de cette autre masse d’UC dont on ne sait trop ce qu’elle renferme. Curieux, non ? Et qui servira de fusible ?