21022019

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L'Edito du mois - Février 2019

 

L'Edito de Jean-Denis Errard

Rédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Une spécialité française

I l est dit et répété que la France est championne du monde des taxes et impôts. Les uns hurlent contre la spoliation, les autres plaident pour la réhabilitation de l’impôt.
C’est curieux que personne n’ait la curiosité d’aller lire le rapport de l’OCDE. Lequel ne dit pas que la France est la reine du fiscalisme. C’est même le contraire ! Les « taxes on income and profits » rapporté au « Dross Domestic Product », ou en français Produit intérieur brut (PIB), sont en pourcentage nettement en dessous des autres grandes nations. En ce qui concerne les « taxes on property », telles que les impôts locaux, les droits de succession, l’impôt sur la fortune, la France est certes en tête de gondole, mais au même niveau par exemple que les Etats- Unis. Là où notre pays crève les plafonds, c’est en matière de prélèvements sociaux : à 16,8 % du PIB, on est très au-dessus de tous les autres. « Un pognon de dingue », s’exclamait le chef de l’Etat ! Au final, si l’on additionne tous les prélèvements, comme les choux et les carottes du panier de la ménagère, la France est largement championne du monde de la redistribution à 46,2 % des prélèvements sur la richesse nationale produite.

Un universitaire américain me fait remarquer que les prélèvements, qu’ils soient fiscaux ou sociaux, c’est la même chose, c’est de l’argent que l’Etat préempte sur les ressources des gens et des entreprises. « Funny ! », me rétorque-t-il lorsque je lui fais observer que des impôts ne sont pas similaires – objectivement – aux cotisations à un système social qui préserve la santé, le chômage, la retraite. Est-ce « risible » qu’un cancer soit soignable gratuitement en France et à au moins 100 000 $ aux Etats-Unis où les cotisations sociales ne pèsent que 6,3 % du PIB ? Pour autant le débat en France ne devrait-il pas être celui d’une protection sociale exagérément coûteuse ?

L’autre débat clé, c’est celui de l’iniquité de notre système fiscal à tous les niveaux ! Est-il juste qu’un foyer français sur cinq paie 90 % de l’impôt sur le revenu et que 3 % en supporte la moitié !1 En quatre ans, le nombre de ceux qui ont réglé plus de 6 000 € d’impôt a augmenté de 23 % ; le nombre des moins fiscalisés (moins de 3 000 € d’IR) a chuté de 19 %. A l’inverse, la CSG payée par tous sans aucune progressivité est devenue le nouvel impôt sur le revenu (avec une recette environ 50 % supérieure). L’impôt sur la fortune immobilière, quant à lui, concerne proportionnellement plus les petits patrimoines de 1,3 à 10 M€ que les grands. Les impôts locaux pèsent, eux, beaucoup plus lourds dans les communes périphériques et rurales que dans les métropoles riches en sièges sociaux.

Je relisais récemment L'Homme aux quarante écus, un conte philosophique dans lequel Voltaire raille l’ineptie des règles fiscales de notre pays. Les temps changent, les gouvernements changent, mais Bercy sera toujours Bercy... Une spécialité bien française.

1. Données de la DGFIP sur les revenus 2016