18102018

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L'Edito du mois - Octobre 2018

 

L'Edito de Jean-Denis Errard

Rédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Disruption

Voilà un mot à la mode, tout comme son adjectif « disruptif » qui est mis à toutes les sauces. Il se dit que nous avons un président disruptif, que telle start-up est disruptive, que tel discours est disruptif... Pour autant, ce mot n’est pas une invention récente ni un anglicisme. Une disruption, nous apprend mon Larousse de 1870, vient du latin disruptio, qui marque une cassure. On l’utilisait alors en chirurgie pour désigner une fracture. Plus tard, l’édition de 1920 explique qu’est disruptive une décharge électrique lorsqu’elle génère de l’énergie. C’est un professeur d’économie à Harvard, Clayton Christensen, qui va lancer l'expression à la fin des années 90 en évoquant les « innovations disruptives ». Des innovations de rupture qui remettent en cause les rentes établies, à commencer par celles désignées sous forme d’acronyme : GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), plus récemment NATU (Netflix, Airbnb, Telsa, Uber), puis les chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi).

On a l’impression que notre monde est en pleine mutation et que les disruptions technologiques s’accélèrent, certains les prenant pour des opportunités nouvelles, alors que d’autres y voient des menaces potentielles, une méfiance particulièrement répandue en France où l’on y oppose les traditions et les acquis !

Etrangement, et cela me paraît frappant, l’épargne et les placements semblent hors de ce temps de la disruption. Immuables ! Quand vous relisez Balzac ou Zola, vous ne pouvez qu’avoir l’impression que les raisonnements d’alors n’ont pas vraiment changé. Pour ma part, quand je me retourne sur mes 40 ans de journalisme financier, j’ai bien du mal à trouver les « innovations disruptives ». Ce qui me vient en mémoire, c’est le lancement de l’Afer, par Gérard Athias, la désintermédiation pour gérer son portefeuille de titres avec la quasi-disparition des frais de courtage, ou l’émergence de l’épargne salariale. A l’inverse, je me souviens que mon banquier d’autrefois était un conseiller expérimenté, que je pouvais gérer mes avoirs comme je l’entendais sans entraves paperassières, que la banque n’était pas une annexe de l’administration fiscale, de Tracfin, de l’AMF... Les pseudos nouveautés en matière d’épargne sont toutes les produits des esprits manipulateurs de la Direction du Trésor (PEP, Eurocroissance, Perp...) ou des esprits malins des services marketing des établissements financiers, bien loin de l’intérêt des épargnants. Sous le poids des réglementations MIF2, DDA, Priips..., je suis même enclin à me demander si le monde de l’épargne ne serait pas « anti-ruptif » !

« Le véritable changement serait de rendre le pouvoir aux épargnants en les rendant décisionnaires de leurs placements et ainsi maîtres des rendements », suggère ici Guillaume-Olivier Doré, fondateur et CEO de Mieuxplacer.com. Puissent les fintechs donner cette impulsion disruptive profitable à l’investisseur !