Alors que les levées de fonds ont reculé de 35 % entre 2021 et 2024 et que les distributions aux investisseurs restent sous pression, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’avenir de l’industrie. Pourtant, derrière ce ralentissement conjoncturel se dessinent peut-être une transformation plus profonde : celle d’un modèle plus discipliné, plus sélectif, et potentiellement plus résilient. Le Vieux Continent peut transformer ses atouts (transition énergétique, discipline de gestion, marché secondaire dynamique) en leviers de croissance uniques.
Et si le ralentissement actuel du non coté en Europe n’était qu’une transition vers un modèle plus résilient ? La baisse des cessions a freiné les redistributions aux investisseurs, mais cette situation ouvre des perspectives inédites.
Les gérants, confrontés à une liquidité réduite, s’ouvrent davantage aux co-investisseurs, redynamisant l’écosystème. Les signes d’amélioration sont là : au T3 2025, les fusions-acquisitions ont atteint des records. Historiquement, les distributions en private equity suivent ces mouvements avec 6 à 12 mois de décalage - de quoi nourrir un optimisme prudent.
Le rebond des levées de fonds prendra du temps. Les fonds semi-liquides et la clientèle privée restent des relais modestes, tandis que la concentration s’accentue : en 2024, les 6 plus grands gérants ont capté 60 % des levées. Les investisseurs institutionnels privilégient désormais des « gérants plateformisés » capables de proposer des stratégies diversifiées.
Cette évolution répond à une attente légitime de simplification couplée à une volonté d’accès à une palette de stratégies plus large. Mais cette tendance soulève également la question de la préservation de l’alignement d’intérêts entre gérants et investisseurs, pilier historique du private equity. Pour certains grands gestionnaires, l’enjeu sera de maintenir une priorité absolue donnée à la création de valeur pour les investisseurs tout en répondant aux attentes de croissance de leurs actionnaires.
Pourtant, la taille n’est pas toujours un avantage. Dans un contexte de taux élevés, les leviers de valeur sont davantage opérationnels que financiers. Les grands fonds, avec leurs équipes dédiées, semblent favorisés… mais leur taille peut aussi devenir un handicap, notamment pour investir dans des PME où agilité et spécialisation priment.
L’Europe, un terrain de jeu unique
Avec 220 Md€ de transactions en 2025 (contre 164 en 2024), le marché secondaire explose. Pourtant, il ne représente que 3 % du gisement total. La vraie rupture ? L’essor des fonds de continuation, où les gérants conservent leurs actifs « trophées » pour maximiser leur valeur à long terme. Résultat : une raréfaction du capital disponible face à une offre abondante, offrant aux acheteurs une sélectivité accrue.
Les facteurs de surperformance du non coté par rapport aux marchés cotés restent intacts. Le private equity crée de la valeur en transformant les entreprises, pas en revendant des parts. Cette discipline, exigeante, est au cœur de son ADN. L’Europe a un atout majeur : sa différenciation.
Son avance dans la transition énergétique, la profondeur de son tissu de PME innovantes et la diversité de ses économies constituent des gisements d’opportunités qui attirent de plus en plus les investisseurs américains et asiatiques. Il y a deux ans, la répartition géographique importait peu. Aujourd’hui, elle est stratégique.
L’industrie européenne du non coté a toujours été faite de cycles. Les périodes les plus créatrices de valeur sont souvent nées des phases d’incertitude, lorsque la discipline, la sélectivité et la vision de long terme reprennent le dessus. Aujourd’hui, notre industrie dispose de tous les atouts pour transformer les défis actuels en avantages compétitifs durables. Les investisseurs privés ont désormais l’opportunité de jouer un rôle clé dans cette transformation. À nous de saisir cette chance, avec discipline, ambition et une vision claire : celle d’un private equity européen résolument tourné vers l’avenir.
