L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
|
Le Cid
Tout le monde se souvient de cette harangue très applaudie, au Bourget en janvier 2011 de l’ancien chef de l’Etat : « Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ». Quel paradoxe, puisque la France s’est choisi cinq ans après, sous les hourra des marchés financiers, un jeune énarque ex-inspecteur des finances et ex-banquier d’affaires de Rothschild & Cie1 ! « Fin d’un cycle et début d’une nouvelle ère », écrivait Bernard Spitz, le président de la Fédération française de l’assurance, qui dès le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle s’empressait de saluer « Emmanuel Macron ou le sursaut de la France » (Les Echos 24 avril). Une élection qui, n’hésite pas à affirmer le représentant des assureurs, « pourrait déclencher une puissante onde positive ». Comme, selon lui, la victoire de la France en Coupe du monde de football en 1998 !
Les innombrables commentaires que nous avons reçus des maisons de gestion au lendemain du 7 mai partageaient cet optimisme. Le monde de la finance a, pour eux, ce visage juvénile et jovial à la tête de la France. Une France torturée, telle Chimène, qui s’est éprise du jeune Rodrigue charmeur et plein d’allant, comme dans Le Cid de Corneille.
Quoiqu’on pense de lui, c’est le seul à avoir mis l’accent sur « la modernisation de notre économie » parmi ses six chantiers clés de son programme (l’item « entreprise » y apparaît 25 fois !). Sur le quinquennat, son objectif affiché est d'aboutir à une « baisse nette des prélèvements obligatoires de 20 Md€ », de réduire l’IS à 25 % d’ici 2022, de supprimer l’ISF sur les avoirs en valeurs mobilières notamment sur l’assurance vie (conservant cette taxation seulement sur les fortunes immobilières), de « réorienter massivement l'épargne vers l'économie productive », d’instaurer une flat tax de 30 % sur les revenus du capital.
Reste à savoir s’il obtiendra ces jours prochains une majorité parlementaire solide et durable pour mettre à exécution ce projet de remise « en marche » de notre pays. On le sait, notre Constitution prévoit que c’est le Premier ministre, en fonction de la couleur majoritaire de l’Assemblée, qui gouverne la politique de la France.
Corneille fait de Rodrigue un héros qui vient à bout des redoutables adversités (plus de 40 % des Français au premier tour ont préféré les extrêmes, non représentés au Parlement !) et qui emporte finalement le coeur de Chimène. Ne peut-on souhaiter cet aboutissement dans cette France divisée par ce quarteron électoral ?
1. L’indice CAC 40 a clôturé en hausse de 4,14 % au lendemain du premier tour. Le quatuor Crédit Agricole-Société Générale-BNP Paribas-Axa s’est valorisé sur la seule journée du lundi 24 avril de 17 Md€, l’équivalent de deux années de budget du ministère de la Justice, ce qui donne une idée de la prime de risque qui pesait. Sur le marché obligataire le spread 10 ans entre la France et l'Allemagne s’est resserré d’un tiers, de 75 points de base une semaine avant à 50 après un plus haut à 80 pb en février au plus fort des craintes sur une victoire des « dégagistes ».
