L'Edito de Jean-Denis ErrardRédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Sagesse
Est-il possible de parler de sagesse populaire quand il s’agit d’épargne ? Regardez le livret A qui fait un tabac alors qu’il rapporte deux fois moins que l’inflation ! 0,75 % alors que la Banque de France anticipe 1,4 % d’érosion monétaire.
Quand les boutiques lancent les soldes, les consommateurs se précipitent et parfois s’empoignent pour obtenir le produit convoité. Quand la Bourse fait de même lors de ces braderies régulières appelées krachs, c’est la panique inverse ! Je me souviens de cette réplique de Warren Buffet, lors d’une assemblée annuelle de son fonds Berkshire Hathaway, qui disait qu’il était heureux quand son McDo préféré proposait des promotions de deux hamburgers pour le prix d’un et qu’il ne comprenait pas pourquoi les gens ne faisaient pas de même en Bourse. L’épargnant, lui, attend que la hausse soit passée pour investir, ce qui rappelle aussi cette réflexion de John Rockefeller, le plus célèbre milliardaire de l’histoire américaine, racontant qu’il avait vendu toutes ses actions juste avant la crise de 1929 quand un chauffeur de taxi new-yorkais lui avait demandé des conseils boursiers. A l’époque, même les cireurs de chaussures avaient leur avis sur la question. Il avait pris cela pour des signaux d’alerte.
En immobilier, de même. Je me souviens qu’en 1997-1998 lorsque les prix étaient à la cave, personne ne voulait profiter de la braderie. Aujourd’hui, c’est la ruée alors que c’est trop cher par rapport au niveau de revenu disponible des Français.
La notion de risque est aussi curieusement perçue par les épargnants. Acheter une action Air Liquide, L’Oréal, LVMH... est considéré comme dangereux par l’immense majorité des épargnants. L’AMF étiquette 7 sur 7 en niveau de risque le placement dans un fonds en actions alors que tout le monde sait que la création de richesses est dans les entreprises et pas ailleurs. Quel paradoxe de voir ces mêmes épargnants se précipiter sans sourciller vers des miroirs aux alouettes ? En matière financière beaucoup croient au Père Noël alors que, dans ce domaine, il fait penser à l’intitulé de cette fameuse pièce de théâtre du Splendid !
Curieusement, alors qu’une action est tout ce qu’il y a de plus liquide, certains épargnants frileux ont le courage surprenant de s’embarquer sur des engagements incroyablement longs, bien que la vie actuelle soit pleine d’incertitudes !
Autre exemple, acheter, dit-on souvent, serait mieux que louer. Une banque grand public n’hésite pas, en ce moment, avec une campagne publicitaire, à surfer sur cette illusion populaire pour vendre du crédit immobilier.
Bref, en matière d’épargne, je ne crois pas à une sagesse populaire. Je crois en de sages conseillers en gestion de patrimoine.
