L'Edito de Jean-Denis ErrardRédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Peur de perdre
«La peur de perdre l’emporte sur l’envie de gagner ! », déplore Meyer Azogui, président de Cyrus. C’est très juste, même si je préfère dire que la certitude de perdre peu – puisque tous les placements sécuritaires sont désormais en rendement négatif réel – l’emporte sur l’envie de gagner beaucoup. En France, l’épargnant ne rêve pas d’être riche, il rêve de perdre le moins possible !
J’aime bien cette confidence du président de BlackRock à qui son banquier privé pose cette question KYC : « vous voulez du risque ou pas ? » On demande au client : « entre 0 % par an (l’actuel niveau de garantie d’une assurance vie en euros) et une amplitude de -40 à +40 %, vous préférez quoi ? » Ce n’est pas la bonne question. Parce qu’un placement se conçoit sur plusieurs années, l’alternative devrait être : « dans une optique à dix ans, je vous propose soit d’être sûr de perdre en pouvoir d’achat de 0 à -10 % (ce qui devrait correspondre à un placement sécuritaire par rapport à une inflation entre 1 et 1,5 %), soit une amplitude qui va d’un gain pouvant dépasser 100 % à une perte possible (historiquement, sur dix ans, on n’a jamais fait -40 % !), que préférez-vous ? » « Les performances passées ne préjugent pas de l’avenir », alertent les mentions réglementaires. Mais lorsque je vois des publicités – ou des articles de presse – montrant que le fonds en euros des bonnes assurances vie a rapporté tant de rendement depuis cinq ou dix ans, c’est évidemment une information trompeuse ! Le temps de la performance paresseuse est révolu ! Net d’infla- tion et de prélèvements sociaux, l’assurance vie en euros n’assure plus rien. La liquidité a désormais un coût. Des banques privées ont d’ailleurs décidé de répercuter la taxe de la BCE sur leurs clients VIP. Sous prétexte d’information trompeuse, on n’a pas le droit de dire au client qu’une Sicav actions françaises comme celle de Banque Saint Olive – que nous venons de distinguer d’un Globe d’Or de la gestion – aurait pu lui faire gagner 130 % sur huit ans. Ce qui correspond à 112 ans de l’actuel Livret A ! C’est vrai que le passé ne préjuge pas de l’avenir, mais il en donne un avant- goût, non ? La peur de perdre est encore plus dérisoire à côté du risque de gain à la vue des 295 % sur huit ans du fonds Etats-Unis géré par Morgan Stanley (auquel nous avons aussi décerné un Globe d’Or). 295 %, soit 184 ans de Livret A. Le Livret A du grand-père, du père, du fils ne suffiraient pas. À l’heure où le PER relance l’ambition de flécher l’épargne vers l’économie, il est temps d’expliquer aux épargnants cette nouvelle réalité : avec votre Livret A ou votre fonds en euros, la perte est garantie. Faible mais garantie. Avec des solutions appelées « à risque », la perte est possible mais le potentiel est garanti ! L’obsession de la sécurité est, dans le nouveau contexte d’aujourd’hui de taux nuls et négatifs, ruineuse pour les épargnants et ruineuse pour l’économie. « Tu ne traverseras jamais l’océan si tu as peur de perdre de vue le rivage », écrit Christophe Collomb.
