L'Edito de Jean-Denis ErrardRédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Terre et Lune
Mettons les pieds dans le plat : la Bourse a-t-elle encore valeur de placement pour l’épargnant ? Comment expliquer à son client qui possède un portefeuille ou des unités de compte boursières en assurance vie que son million d’euros au 1 ment mis de côté, s’est dévalorisé de plus de 300 000 € en quelques jours ? La réaction des marchés financiers à la crise épidémique actuelle laisse entrevoir la réponse à ma question. Pour les entreprises comme pour les investisseurs, a fortiori pour les épargnants, un tel carnage financier est incompréhensible. Il l’est d’autant plus que ce qui était à l’origine un lieu d’échanges d’actions* est devenu une gigantesque machinerie en proie à des algorithmes rythmés à la nanoseconde près. Certes, cette crise sanitaire ébranle l’économie mondiale, à commencer par la Chine qui pèse 20 % du PIB mondial. Mais, entre nous, n’avez-vous pas l’impression que l’effondrement des marchés financiers en quelques jours a pris l’allure d’un délire en totale déconnexion avec la réalité des entreprises ? Je pose la question : après les 30 % de hausse de l’indice CAC 40 l’année dernière (dividendes inclus) qu’au- cun stratégiste n’avait imaginé dans ses rêves les plus fous compte tenu d’un environnement qui s’annonçait sombre à l’orée de l’année 2019, le recul de 30 % de ces derniers jours relève tout autant d’une exubérance irrationnelle. Les dirigeants des entreprises sont certes inquiets mais, entre le ressenti de leurs activités et cette déliquescence des cotations, on n’est pas sur la même planète. Pour paraphraser ce livre connu de John Gray, les chefs d’entreprise viennent de la Terre, les boursiers viennent de la Lune !
La Bourse a toujours été un temple de spéculation, évidemment. Certains croient, d’autres non. Mais comment faire un placement d’une paranoïa exacerbée par des rumeurs ballottées par des machines qui font trébucher en quelques minutes l’argent d’un épargnant de l’équivalent de 20 ans de livret A ? Chacun sait que depuis longtemps la Bourse n’a plus de rôle dans le financement de l’économie. Les introductions comme les augmentations de capital sont devenues rarissimes, les retraits de la cote sont plus nombreux, les grandes entreprises s’endettent pour racheter leurs titres afin de doper artificiellement leur bénéfice par action.
Les autorités financières européennes cogitent en ce moment sur la finance durable. Je pose une autre question : la Bourse est-elle œuvre de finance durable ? Euronext vaut-elle mieux que la Française des Jeux au regard des critères ESG ?
Jacques de Peretti, PDG d’Axa France, a raison, il est temps d’inventer une nouvelle génération d’unités de compte pour les assurances vie. Les obligations souveraines, durablement à rendement nul ou négatif, comme les actions cotées, qui tanguent et chavirent, ne sont plus la panacée. Les SCPI, qui fêtent leurs cinquante ans cette année, portées en leur temps par les Cosserat, Pelloux, Auffray, sont-elles l’avenir de l’épargnant ?
*Je vous suggère la lecture de The Story of Wall Street, de Robert Irving Warshow, publié en 1929, avec la préface de Churchill. Aussi édité en français. Un régal !
