« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?” serait-on tenté de dire face au cas Bernard Arnault, lynché en place publique pour sa supposée volonté d'exil fiscal en Belgique. Chez Molière, la galère est turque, la voici devenue belge, comme les blagues. Quand l'actualité devient une farce...
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L'Edito de Gilles PetitRédacteur en chef de Gestion de Fortune
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« Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?” serait-on tenté de dire face au cas Bernard Arnault, lynché en place publique pour sa supposée volonté d'exil fiscal en Belgique. Chez Molière, la galère est turque, la voici devenue belge, comme les blagues. Quand l'actualité devient une farce...
Plutôt que de fermer le ban et vouer aux gémonies untel plutôt qu'un autre, tentons quelques instants de comprendre ce que révèle ce déchaînement médiatique.
A première vue et sans être grand clerc, nous sommes en présence d'un bouc émissaire fort commode en la personne de la première fortune de France et d'Europe. Mais quelle est sa fonction véritable ?
La catharsis, cette purge des passions si chère à Aristote ? En cette période de resserrement de la pression fiscale, nous serions tentés de le croire. Ou bien s'agit-il d'une habile manoeuvre (consciente ou non) pour détourner notre attention. Après tout, si un individu choisit la solution de l'exil fiscal, cette responsabilité incombe à l'état lui-même. C'est au législateur d'agir pour que de telles envies se fassent beaucoup plus rares, voire disparaissent. A l'heure où l'Europe et la BCE entendent reprendre les choses en main, on s'étonne encore que ce genre de sujet puisse être d'actualité. C'est sans compter l'esprit belge de cette histoire. Après tout, comme le disait, Léopold 1er, « la politique est une affaire de politesse ». A force d'en échanger, les dirigeants européens semblent ne pas voir qu'à leurs frontières s'est constitué un trou noir qui ne cesse d'aspirer leurs richesses. Comme l'annonçait notre site internet à la fin du mois de juillet, ce sont 25.500 milliards d'euros qui dorment dans les paradis fiscaux, soit l'équivalent de la production annuelle combinée des Etats-Unis et du Japon. « En supposant que ces sommes dissimulées à l'administration fiscale rapportent 3 % de rendement annuel à leurs détenteurs et que les gouvernements puissent être en mesure d'imposer ces revenus à 30 %, ce sont entre 155 et 225 milliards d'euros qui échapperaient aux états chaque année » rappelait alors l'ONG britannique Tax Justice Network. Plutôt que d'en dire plus, nous laissons le soin à nos dirigeants démocratiquement élus de prendre la mesure du phénomène et d'engager un véritable combat contre ce fléau moderne. De notre côté, nous conservons notre rôle d'alerte et de poisson-pilote. A l'heure du grand coup de rabot gouvernemental, il nous semblait indispensable de consacrer notre dossier aux derniers dispositifs de défiscalisation. Pour ceux qui l'auraient en effet oublié, les forces vives de la nation reposent entre les mains de ceux qui chaque jour contribuent à accroître notre PIB non seulement économique mais aussi social. Parce qu'« il n'est de richesse que d'hommes » (Jean Bodin, 1529-1596).
Bonne lecture !
Gilles Petit
