L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
|
Prévisions
Il est de coutume en cette nouvelle année de se livrer aux pronostics économiques et boursiers. De nombreux établissements financiers nous adressent une flopée d’invitations à des conférences avec leur Nostradamus maison pour dévoiler leurs anticipations sur 2016. Avec tout le respect que je dois à ces oracles habiles qui jonglent avec les statistiques, je l’avoue : je ne crois pas une seconde à la fiabilité de ce genre d’exercice
divinatoire.
Heureusement d’ailleurs que personne ne s’avise de relire les diagnostics de l’année dernière et des précédentes… Aux gourous de Wall Street qui vont inonder les journaux ces jours-ci je préfère le flegme d’un Warren Buffett – appelé « l’oracle d’Omaha » !- qui les a toujours tournés en dérision. « Les prévisionnistes de marché rempliront vos oreilles, mais pas votre porte-monnaie » avait-il lancé lors d’une assemblée générale de son fonds Berkshire Hathaway. Un ami présent m’a raconté qu’à l’une de ces réunions annuelles on avait demandé à Warren Buffett s’il pensait que la bourse allait continuer à progresser. De sa tribune celui-ci a interpelé l’assistance : « quelqu’un a-t-il une cigarette à me donner ? ». Devant les réactions médusées, il a alors ajouté : « si la fumée part dans ce sens c’est que la bourse va monter, sinon elle va baisser ». Sa botte secrète ; c’est la conviction et le temps, pas la prévision. L’incroyable performance de son fonds (BRK.A) coté sur le NYSE est la meilleure preuve qui soit que sa stratégie est la bonne.
J’ai aussi en mémoire la visite de la reine d’Angleterre à la London School of Economics, en novembre 2008, et sa question faussement naïve au sujet de cette violente crise que le monde traversait, « why did nobody notice it ? ». Ou encore cette boutade d’un banquier central, ironisant de la même manière avec humour : « mes économistes ont prévu 9 des 5 dernières crises que nous avons subies, et encore, pas au bon moment ! ». Loin de moi l’idée de dénigrer les éminents stratégistes. Ils ont le savoir pour identifier les risques et opportunités potentiels. Mais je mets en cause la fiabilité des déductions prédictives. La réalité économique n’est pas déterministe ! Bien des aléas peuvent chambouler maintes fois l’opinion de ces analystes au fil de l’année. Leurs recommandations contradictoires montrent bien qu’il n’y a là aucune science mais des points de vue à l’instant « t ».
Je partage pleinement cette opinion d’Eric Meeschaert exprimée récemment dans Les Echos, suggérant « de réhabiliter le temps long et d’élargir son horizon temporel ». Cette prévisionnite aigue de notre temps participe, à mon avis, à entretenir ce qu’il dénonce comme la « tyrannie de l’immédiateté absolue ».
Mais bon, après tout, ces prévisions n’engagent que ceux qui les écoutent.
Pour autant, bonne année à tous.
