L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
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Femmes savantes
Ces derniers temps je ne peux m’empêcher de me souvenir de cette réplique de Martine, la servante congédiée méchamment par sa maîtresse Philaminte, dans « Les Femmes savantes ». Molière lui fait dire ce qui est devenu proverbial : « Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage ». La pauvre Martine s’était vu accuser de vilénie - en fait un grotesque prétexte pour prendre la porte. Et le mari, de l’apaiser : « Ma femme bien souvent a la tête un peu chaude ». Intervient alors l’épouse outragée qui réplique à son tour : « Je ne veux point d’obstacle aux désirs que je montre ». Comment ne pas y voir la même scène qui se joue sur l’assurance vie, avec cette déclamation du patron de la Banque de France : « il faudra poursuivre résolument la baisse des rendements de l’assurance vie investie en fonds euro, au-delà des baisses annoncées cette année ».
Il faudra !
Ainsi, on a l’impression que l’assurance vie en euros serait atteinte d’une sorte de rage menaçante et contagieuse. Presque tout le Landerneau de l’assurance semble se donner le mot pour achever la bête malade que serait cette épargne populaire. Car, franchement, 2 % net, environ, parfois moins, il faut y mettre de la volonté, vous ne trouvez pas ? Cela alors que d’autres réalisent une performance de 50 à 75 % au-delà.
Lorsque je demande des explications, j’entends dans la bouche de ces « anti-assurances vie en euros » la fameuse réplique de cette femme savante : « Suis-je pour la chasser sans cause légitime ? »
En fait de rage, la pauvre servante se voit inculpée d’avoir « insulté mon oreille par l’impropriété d’un mot sauvage » (relisez cette scène 5 de l’acte II). Pour l’assurance vie de même, l’accusation est tout aussi perverse ! Pour des questions de rentabilité et de transfert du risque ne cherche-t-on à tuer ce qui a fait le bonheur de tous pendant des années comme cette fidèle servante ? Cet oukaze médiatisé, répété et amplifié du patron de la Banque de France contre l’assurance vie en euros me paraît surprenante alors qu’il est dans ses attributions, via l’ACPR, de contrôler la viabilité des bons rendements annoncés par certains, c’est-à-dire leur niveau de solvabilité par rapport aux engagements pris !
Son objectif, François Villeroy de Galhau, l’avoue : « comment inciter les épargnants français à prendre davantage de risque raisonné, pour mieux financer notre économie ? » Mais est-ce à l’épargne populaire de prendre le relais des insuffisances de l’establishment financier ? A tout le moins concevons des solutions autrement plus efficaces que ces pitoyables Perp, eurocroissance, vie-génération et autres inventions de nos « femmes savantes » de Bercy qui accuse cette servante qu’est l’épargnant de tous les maux !
