L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
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Compliance
J’entends ce terme de plus en plus souvent. Dès que quelqu’un prend la plume il faut « voir avec la compliance ». Sans rapport avec la compliance pulmonaire qui, en médecine, désigne une élasticité, une souplesse, une dynamique de cet organe. Là, c’est tout le contraire. C’est un poumon qu’on étouffe sous la paperasse. Cette compliance, c’est le « politburo » maison qui doit contrôler la « conformité » aux réglementations. Toutes les sociétés de gestion et toutes les entreprises cotées ont leur service « compliance » aux aguets pour autoriser ou censurer le cas échéant les propos tenus, même au plus haut niveau. Un carcan de normes et une armée d’employés appliqués à surveiller le moindre écart. Le responsable d’une société de gestion me disait récemment que sur 28 collaborateurs, 6 sont en charge de la compliance !
On comprend que les Britanniques, attachés au poumon de la finance, n’aient pas très envie de cette Europe étouffante. Des dirigeants de maison de gestion sont parfois tétanisés à la pensée d’être invectivés par l’AMF à l’image de cette « madame Anastasie », chère au caricaturiste André Gill, avec son doigt réprimandeur et ses ciseaux de censeur !
Cette évolution générée par les dérives passées notamment aux Etats-Unis n’a-t-elle pas fait basculer d’un excès à un autre ?
De même en ce qui concerne l’assurance vie où l’on tend vers un même « raffinement » dit prudentiel. L’ACPR, à l’égard des sociétés d’assurance, semble – heureusement – de plus en plus vigilante alors que la cagnotte de l’assurance vie pèse de plus en plus lourd. Près de la moitié de la fortune immobilière des Français !
Mais ce qui surprend, c’est que tout un autre pan de l’univers des placements, celui des « atypiques », est totalement hors contrôle.
Des conseillers en gestion de patrimoine se voient solliciter par toutes sortes d’officines proposant à coup de commissions généreuses des « opportunités » plus ou moins loufoques, pour ne pas dire plus. On les connaît tous, mais comme dirait mon service de « compliance » interne, arrêtons-nous là, à la barrière de la présomption d’innocence et d’honorabilité.
Mais le fait est que la hausse de la volatilité des marchés financiers (jetez un œil sur l’indice Vix, qui jauge le niveau d’angoisse des investisseurs aux Etats-Unis), la chute des rendements financiers, le stress suscité par les Nostradamus divers et variés, tout cela élargit le « champ des possibles », selon l’expression courante, pour emmener hors des sentiers battus dans les méandres des Ponzi et autres Madoff qui sévissent actuellement et dont on se doit d’attendre le constat des dégâts pour en parler. Comme un pompier qui devrait attendre l’aval d’un juge pour éteindre un incendie.
