L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
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Donald et les Mickey
Je suis toujours frappé par ce tsunami de commentaires qui se veulent tous plus avisés les uns que les autres en réaction à des événements comme ceux que nous venons de vivre avec le Brexit puis le « Clintexit ». J’ai été encore une fois submergé d’emails venant de sociétés de gestion du monde entier pour m’expliquer ce que je devais comprendre à la suite de l’élection du 45e président des Etats-Unis. Cela alors que tous ces experts, dans une belle unanimité, tout comme les médias et les instituts de sondage, n’avaient strictement rien vu venir de ce qui se tramait là-bas ces dernières semaines, tout comme en Grande-Bretagne. Comme l’a titré Les Echos le surlendemain de l’élection, c’est « un saut dans l’inconnu » parce qu’on ne sait pas si Donald Trump a juste fait un numéro de claquettes pour séduire ou si ses coups de gueule ont valeur de programme. Ces magistrales bulles d’incompréhension avant et après le scrutin ont encore une fois explosé à la figure des commentateurs et leurs réactions sont symptomatiques, à New York, à Londres comme à Paris, d’une rupture entre les élites et les électeurs, rupture que beaucoup rejettent avec dédain comme le « populist uprising », soulignant que « uncertainty reigns » (termes relevés dans la newsletter de David F. Lafferty, senior vice president, chief market strategist, Investment Strategies Group).
La vacuité de ces innombrables commentaires est sidérante (j’ai reçu 43 notes de stratégistes rien que le mercredi 9 novembre, lendemain du vote). « Hold your nerve », recommande Stefan Kreuzkamp, CIO de Deutsche Asset Management. Son commentaire est des plus utiles : il raille le « caractère imprévisible de Trump et son manque d’expérience politique » ; anticipe la catastrophe (« s’il ne s’engageait que sur la moitié de ses promesses de campagne cela pourrait causer des troubles considérables »), tout en prévoyant des lendemains printaniers (« il est tout à fait possible qu’après cette élection le président Trump surprenne les marchés dans un sens positif »)... BlackRock, de son côté, explique que nous allons vivre « une période de grande incertitude politique et sur les marchés », ce qui va provoquer « une vente massive d’actifs à risque et à une fuite des investisseurs vers des valeurs refuges ». Etc.
Ces stratégistes ne savent rien, déversant supputations, conjectures, incantations dont je ne peux m’empêcher de demander : pourquoi toute cette gesticulation ? Sans doute parce que le stress – la « destruction créatrice », selon l’expression de Schumpeter – est plus profitable au business que la zen attitude. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de me rappeler cet extrait des Lettres d’Abraham Lincoln, « mieux vaut rester silencieux et passer pour un imbécile que parler et n’en laisser aucun doute ». Dans mon esprit ce Donald ne vaut guère plus que tous ces Mickey.
