02032024

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Marché

L’UIC manifeste une seconde fois devant la Banque de France

Manifestation UIC 1

Le syndicat des courtiers crédit réclame encore et toujours l’évolution des règles du Haut conseil de stabilité financière. La Banque de France entend se concentrer sur les refus de prêt.

 

 

La manifestation des courtiers crédit devant la Banque de France est-elle appelée à devenir un marronnier ? Un peu plus d’un an après son premier appel, l’Union des intermédiaires de crédit (UIC) a remis le couvert.

Une trentaine de personnes était rassemblée le 21 novembre devant le siège de l’institution, armées de tentes Quechua et encasquées du célèbre béret de l’Abbé Pierre.

Crise du crédit

Une façon plus ou moins subtile de faire savoir à la Banque de France (BdF) ce que l’UIC considère comme les conséquences de sa politique en matière de crédit.

« Etudiants sans logement, salariés dormant dans leurs voitures, saturation du parc social, pénurie locative, […] les conséquences de la crise du crédit immobilier sont nombreuses et dramatiques pour les Français, en particulier pour les plus modestes » haranguait Bérengère Dubus, secrétaire générale de l’UIC, lors de l’appel à manifester.

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 Bérangère Dubus, secrétaire générale de l'UIC, lors de la manifestation du 21/11

L’événement s’est déroulé dans le calme, certains manifestants affirmant même que les forces de l’ordre présentes pour encadrer la manifestation se montraient sensibles à leur cause, eux aussi touchés par un accès au crédit plus difficile.

Il faut dire que la production de crédit est tombée à un point bas de 9,2 Md€ en septembre 2023, du jamais-vu depuis 2015. Mais si le contexte général se dégrade, les revendications de l’UIC, elles, n’ont pas bougé d’un iota.

Evolution des règles du HCSF

Le syndicat demande l’évolution des règles du Haut conseil de stabilité financière (HCSF), obligatoires depuis janvier 2022. Celles-ci imposent un taux d’endettement maximum de 35 %, assurance emprunteur incluse, et une durée d’emprunt limitée à 25 ans.

« Il faut faire évoluer ces règles incohérentes vers des pratiques moins mécaniques et industrialisées, réclame François Kieffer-Schwob, présent lors de la manifestation et dirigeant fondateur de FG Stratégies. Elles dépassent le mandat macroprudentiel du HCSF alors que cette institution n’a pas de réalité démocratique. »

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François Kieffer-Schwob, dirigeant fondateur de FG Stratégies

Bouc émissaire

La Banque de France, qui tenait à se défendre sans faire de vague, a discrètement rabattu les journalistes vers ses locaux par le biais de ses communicants.

« Nous avons encore l’honneur d’être la cible des courtiers, soupire Marie-Laure Barut Etherington, directrice générale adjointe aux statistiques et aux études internationales lors de la conférence de presse improvisée. Le taux de production de crédits continue de baisser et il faut chercher un bouc-émissaire. A part comptabiliser et faire des statistiques, nous ne pouvons rien faire pour le crédit immobilier. »

Cette dernière phrase risque de faire bondir plus d’un courtier, mais les remontées des banques vers la Banque de France relient la baisse de la production de crédit à la baisse de la demande. Quand on lui objecte que les statistiques ne prennent pas en compte les particuliers qui se découragent avant de passer le seuil d’une banque, Marie-Laure Barut Etherington reste pragmatique : « Les chutes sont plus importantes en Allemagne ou en Italie alors qu’il n’existe pas de règles similaires à celles du HCSF ».

Haro sur les refus

Pour apporter la preuve par les chiffres, l’institution a procédé à une simulation sur une base de prêt accordés entre janvier 2020 et mi-2022. En les ajustant aux taux moyens actuels tout en conservant les mêmes maturités et montants, moins de 10 % des dossiers ne sont plus admissibles. Une proportion ramenée à 5% en augmentant la durée des prêts concernés.

Cela sans compter la marge de dérogation que le HCSF autorise aux banques, qui concerne 20 % du total des crédits accordés. C’est justement sur ce point qu’a insisté François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, lors de la dernière conférence de l’ACPR dont il est également le président. Il avait pointé le fait que la marge de dérogation n’était utilisée que pour 14,3 % des crédits accordés au 3e trimestre 2023.

La Banque de France, persuadée donc que les règles du HCSF ne sont pas à remettre en cause, compte se focaliser sur les refus de crédit des banques aux ménages. D’après l’enquête de la Banque centrale européenne sur la distribution de crédit au 3e trimestre, ceux-ci sont en augmentation.

« Nous sommes en train d’étudier avec les banques un dispositif de recours amiable en cas de refus, détaille Marie-Laure Barut Etherington. Soit en renforçant le dispositif des médiateurs bancaires, soit en mettant en place un droit de saisine directement auprès de la BdF. »

Rencontre refusée

Pendant la manifestation, une délégation de la Banque de France a proposé à l’UIC une rencontre. Le syndicat a refusé, considérant que rien n’avait changé depuis sa première manifestation il y a un an, à l’occasion de laquelle une première rencontre avait eu lieu.

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 l'UIC avec ses tentes et ses bérets, à côté de la Banque de France

Les courtiers ont assez dialogué, ils veulent maintenant accentuer la pression et réfléchissent à multiplier les événements de ce type dans les prochains mois. En commençant, pourquoi pas, par un flash-mob lors de la prochaine réunion du HCSF le 4 décembre…