24042024

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Actualité des sociétés

Indépendance et génération d’alpha

 


Indépendance et génération dalpha 1

Interview de Thierry Dupont, Associé-fondateur, BDL Capital Management

 

 

Quels étaient vos objectifs lorsque vous avez fondé BDL Capital Management en 2005 ?

Dès le départ, nous avons souhaité mettre en œuvre une gestion indépendante et nous y sommes parvenus. Aujourd’hui, soit 18 ans après sa création, BDL Capital Management est détenue à 100 % par 22 actionnaires dont deux associés et 20 salariés sur les 41 personnes qui œuvrent aujourd’hui au développement de l’entreprise.

Nous sommes farouchement attachés à cette indépendance. C’est également dans cet esprit que nous avons créé le fonds BDL Convictions en 2008 pour gérer notre propre épargne et plus précisément nos avoirs en PEA. Afin de remplir les conditions d’éligibilité au PEA, nous avons décidé de construire le portefeuille de départ avec les expositions longues du fonds long short BDL Rempart qui avait, lui, été créé dès le lancement de la société en 2005.Investir dans GF Europe Megatrends ISR, c’est investir dans des mégatendances (ou «Megatrends» en anglais), ce qui peut être, selon nous, une stratégie intéressante pour les investisseurs qui cherchent à diversifier leur portefeuille et à capitaliser sur les changements structurels à long terme dans l’économie et la société.

Pour ce fonds multithématique investi en actions européennes, nous déployons une gestion proactive et avons sélectionné quatre transformations majeures et durables qui façonneront notre avenir : le changement climatique, l’automatisation, les nouveaux modes de consommation, la santé de demain. Nous sommes convaincus que ces transformations créent de nouvelles opportunités de croissance à long terme pour les entreprises les mieux positionnées.

Par exemple, Veolia environnement, leader mondial de l’économie circulaire, a une expertise reconnue au niveau mondial en matière de traitement des eaux. Nous sommes également réactifs afin de capter les opportunités de marché. Pour ce faire, la gestion du fonds est flexible et active : l’allocation entre les thèmes est dynamique et apporte la réactivité nécessaire afin d’adapter le portefeuille aux différents contextes de marché.

De plus, la sélection de valeurs s’appuie sur l’analyse fondamentale issue de l’expertise reconnue de l’équipe de gestion sur les valeurs européennes des grandes aux petites capitalisations, car nous ne sommes pas contraints en matière de taille de capitalisations. Enfin, conformément à notre démarche d’investissement responsable, notre approche ESG s’inscrit en soutien aux entreprises sur le long terme. 

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Portée par Hugues Beuzelin, qui est le gérant en titre de BDL Convictions, notre démarche est restée la même : nous veillons à aligner les intérêts de tous les membres de l’équipe et ceux de nos clients investisseurs. Pour cela, nous avons décidé d’intégrer une part variable à nos rémunérations. Celle-ci dépend de la performance de l’entreprise et donc de la performance de nos fonds. Il s’agit là d’un élément important car, ainsi, tout le monde travaille dans le même sens. Les collectes ont été importantes ces trois dernières années : plus de 400 M€ en 2021, près de 200 M€ en 2022 et l’exercice 2023 est tout aussi prometteur. Fonds SFDR 8 labelisé Luxflag, BDL Convictions, qui est aujourd’hui ouvert à de nombreux porteurs de parts, présente aujourd’hui un encours supérieur à 1,1 milliard d’euros.

Comment appréhendez-vous votre métier de gérant ?
Il n’y a, selon nous, pas de meilleur investissement que l’entreprise. Notre principal savoir-faire est d’analyser les modèles économiques des entreprises pour identifier celles qui créent de la valeur pour leurs actionnaires. Notre équipe compte aujourd’hui 14 gérants-analystes. Celle-ci va à la rencontre des entreprises, visite les usines, se rend sur les salons professionnels et échange régulièrement avec des experts de tous bords. Nous organisons ainsi plus de 1 000 rencontres par an.

Quelles entreprises privilégiez-vous dans le portefeuille ?
BDL Convictions est investi en actions européennes, cotées sur les marchés de l’Union européenne, du Royaume-Uni, de Suisse et de Norvège. Nous ciblons les entreprises dont la capitalisation boursière ou le chiffre d’affaires est supérieur à 1 Md€. Notre approche est pragmatique, elle ne relève d’aucun style de gestion spécifique. Nous sommes bien sûr attentifs à la valorisation et accompagnons les entreprises de bonne
qualité sur le long terme. Plus spécifiquement, nous privilégions les firmes qui ont un management solide, qui maintiennent ou font croitre leurs marges, qui sont peu ou pas endettées et qui, idéalement, disposent de pricing power du fait, par exemple, de la présence de fortes barrières à l’entrée dans leur secteur d’activité. Dans tous les cas, la création d’alpha est notre objectif numéro 1. Depuis le lancement du fonds, notre performance annualisée dépasse 8 %, soit environ 2 % de plus que la performance moyenne de son indice de référence, l’Eurostoxx 600. Sur 15 ans, nous avons enregistré 12 années de surperformance, ce qui confirme que BDL Convictions est un véhicule d’investissement de long terme qui s’accommode bien de la volatilité des marchés.

Quel est le profil actuel du portefeuille ?
Le portefeuille, qui comprend une trentaine de valeurs, présente actuellement un valorisation moyenne intéressante avec un PER voisin de 9 et un ratio de free cash flow sur la valeur de l’entreprise qui nous laisse espérer un rendement voisin de 7 %. Nous n’hésitons pas à donner toute leur place à nos convictions tout en veillant à conserver une bonne diversification sectorielle.

Comment s’articule votre analyse extra-financière ?
Nous avons déployé un outil d’analyse propriétaire, appelé QIRA, pour quality investing responsible analysis. Nous retranscrivons dans QIRA nos priorités extra-financières en tant qu’actionnaires. Nous mettons notamment l’accent sur la qualité de la stratégie climat et de la gouvernance des entreprises. Le modèle QIRA s’appuie sur l’expertise industrielle et sectorielle de nos analystes pour donner un score ESG à chaque entreprise en portefeuille. Il est combiné à une démarche d’exclusion, que nous pratiquons avec mesure car nous estimons que notre rôle est aussi d’accompagner les entreprises qui montrent les signes d’un changement de leurs pratiques ESG.

Quelle démarche privilégiez-vous ?
Nous privilégions l’internalisation à l’externalisation. Nous faisons nos propres recherches et notre propre scoring extra financier plutôt que d’utiliser aveuglément un scoring externe. Notre analyse est alimentée par les rapports de durabilité des entreprises, leurs questionnaires à des ONG comme le CDP, des rapports d’experts etc. Elle est aussi nourrie par les multiples rencontres que nous organisons tout au long de l’année avec les entreprises.
Dans la mesure où nous entretenons de bonnes relations avec les équipes de management, il nous est possible de bien appréhender l’ensemble des enjeux de gouvernance et, par conséquent, de parfaire notre connaissance de l’entreprise et des éventuels écueils auxquels elle est confrontée. Les aspects ESG et les éventuelles controverses naissantes sont ainsi perçus par « ruissellement », ce qui est bien plus fiable que certains modèles très formatés actuellement proposés sur le marché.

Participez-vous à certains programmes spécifiques de finance responsable ?
Notre partenariat principal est avec le CDP, qui nous permet d’analyser dans le détail la stratégie de chaque entreprise face aux différents enjeux environnementaux que sont le climat, l’eau et la déforestation.

Nous supportons la Task-Force on Climate Related Financial Disclosure (TCFD) pour harmoniser les données publiées par les entreprises et sommes membres de l’initiative Say on Climate pour responsabiliser les entreprises sur leurs plans de transition. Nous contribuons aussi à des travaux de place en étant membre de l’Institutionnal Investors Group on Climate Change, IIGCC, et de commissions à l’AFG qui sont dédiées à la finance durable.

Quel regard portez-vous sur le contexte de marché actuel ?
Le contexte actuel, inflationniste, est favorable à l’investissement en actifs réels donc en entreprises. Les taux négatifs étant derrière nous, notre savoir-faire pourra être pleinement déployé. Le marché se normalise, ce qui est favorable à une gestion active pragmatique qui couvre tous les secteurs. L’idée est de toujours mettre à profit la disparité des valorisations du marché.

Thierry Bisaga