Quand sait-on vraiment que l'on a franchi la ligne jaune ? Les conducteurs qui en ont fait l'expérience vous répondront : « Au moment où il est trop tard ! »
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L'Edito de Gilles PetitRédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Quand sait-on vraiment que l'on a franchi la ligne jaune ? Les conducteurs qui en ont fait l'expérience vous répondront : « Au moment où il est trop tard ! »
Eh bien, ce début d'année laisse cet arrière-goût de « trop tard » dans la bouche. Passées la révolte des « pigeons » et celles de tout le reste de la basse-cour, les contribuables français se réveillent avec la gueule de bois des lendemains de fête et cette idée que, oui, cette fois, la fiscalité a atteint ses limites, celle de l'acceptable. Il y a de cela deux mois, je rappelais dans cette même page que si la recherche d'une plus grande justice fiscale était en soi un objectif louable mais certainement inatteignable dans les conditions actuelles, il ne fallait pas se tromper de cible. La dernière affaire du passeport russe de Gérard Depardieu est semble-t-il venue sonner le glas d'un possible retour en arrière médiatique. Le cap est tracé, les riches doivent payer très cher, quels que soient les efforts qu'ils ont pu fournir pour en arriver là. « Minable, vous avez dit « minable » ? Comme c'est minable », Cyrano de Bergerac quitte la scène sans nous gratifier de cette réplique si juste d'Edmond de Rostand (Acte II, scène 8):
« Eh bien ! Oui, c'est mon vice. Déplaire est mon plaisir.
J'aime qu'on me haïsse. Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux
Sous la pistolétade excitante des yeux ! Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches
Le fiel des envieux et la bave des lâches ! »
Le symbole est trop fort pour ne pas être juste. Si l'on peut argumenter des jours durant sur l'apport de l'acteur au cinéma français et son choix douteux de se rapprocher de pouvoirs peu démocratiques, une chose est en effet sûre. Ce climat délétère pousse un nombre croissant de personnes bien loties et indispensables à notre économie à quitter le pays. A quoi bon rester ? La réussite professionnelle n'est pas reconnue, tout comme le fait de payer ses impôts en temps et en heure. Comme le notait déjà en son temps Winston Churchill, « on considère le chef d'entreprise comme un homme à abattre ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char ».
Avec la multiplication des départs, un pan entier de notre univers économique mais aussi culturel se délite, disparaît. Comment relancer une économie quand un grand nombre de capitaux-risqueurs quitte le pays ? Que va-t-il nous rester si les collectionneurs, les galeries d'art et les artistes eux-mêmes partent s'installer outre-Quiévrain ?
Le plus grave dans cette affaire, c'est que cette fuite silencieuse n'a que très peu de résonance médiatique, l'Etat préfère taire les chiffres. Mais pour les sortir à quel moment ? La situation économique n'est guère reluisante, les plans sociaux se multiplient et la fiscalité s'alourdit, comment voulez-vous relancer la machine si plus aucun capitaine n'est à la barre et que les jeunes n'ont qu'une envie, celle de partir à l'étranger ?
Peut-être serait-il temps de méditer sérieusement cette autre phrase de Winston Churchill : « Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère ». Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Bonne lecture !
Gilles Petit
