L'Edito de Lucie PortejoieRédactrice en chef de Gestion de Fortune
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On applaudit... ou pas !
Ça y est c'est officiel ! La BCE a annoncé le 22 janvier dernier la mise en place d'un programme d'achats de titres de grande ampleur pour éviter que le piège de la déflation ne se referme sur la zone euro. Celui-ci vient renforcer le précédent (achat d'ABS et de covered bonds) en combinant l'acquisition d'obligations souveraines, d'institutions européennes et des agences pour un montant total de 60 Mds€ par mois, au moins jusqu'en septembre 2016.
Après plusieurs mois d'attente, les financiers, notamment les gérants actions, applaudissent des deux mains ce nouvel élan monétaire et félicitent Super Mario d'avoir sorti l'artillerie lourde, bien plus en tout cas que ce qui avait été anticipé, car ces politiques monétaires non conventionnelles ont un effet bienfaiteur sur les actions (cf. article page 78).
D'autres acteurs peuvent se frotter les mains, comme les États de la zone euro, et plus particulièrement ceux qui sont bien endettés. La main salvatrice de la BCE a de grandes chances de maintenir les taux longs à des niveaux extrêmement bas et de continuer alors d'alléger le service de la dette.
Les économistes, quant à eux, sont un peu plus prudents (cf. interview de Pierre Sabatier page 83)... En déversant des milliards dans l'économie, on risque d'une part de faire prendre des risques inconsidérés aux épargnants mais aussi de faire apparaître des mouvements spéculatifs et des exubérances irrationnelles, et d'autre part d'inciter davantage les États à traîner la patte pour entreprendre les réformes structurelles si nécessaires à la relance de la croissance. Les assureurs non plus ne sautent pas au plafond. Au regard du rendement de leur portefeuille essentiellement obligataire, ils accueilleraient favorablement une remontée des taux longs. Ce scénario n'est vraisemblablement pas pour demain... Lors de sa conférence annuelle en janvier, la FFSA annonçait un taux de rendement moyen des fonds en euros de 2,50 %... Des assureurs ont été très disciplinés et ont alimenté la PPB comme l'exhortait Christian Noyer. D'autres ont été plus dissipés en poursuivant leur politique de distribution initiale (cf. dossier du mois page 42). Ceci étant avec un taux moyen à 2,50 %, le rendement est plus élevé que prévu... On misait davantage, il y a quelques mois sur un 2,20 %.
Mais avec des taux longs qui vont être englués à des niveaux planchers, l'assuré sera-t-il satisfait de la rémunération prochaine de son si cher fonds en euros ? La PPB pourrait alors jouer son rôle d'amortisseur, mais pour certains professionnels, dont des acteurs de l'assurance vie, cela ne suffira pas à contenir durablement l'érosion des rendements...
Alors on mise sur les UC – de préférence actions – pour vitaminer la performance ? Le fonds euro-croissance ? Ce dernier ne fait pas l'unanimité. Loin de là. Création pour de mauvaises raisons, mauvais market timing, promesses de rendement ambitieuses, les critiques ne manquent pas. Il se dit même en coulisses que pour booster les versements, on prévoirait de permettre aux assurés de bénéficier d'une partie des plus-values du fonds en euros... Chercherait-on à vider les fonds en euros de leur substance ? En tout cas le directeur d'une grande mutuelle a déjà choisi son camp : « Ce serait le hold-up du siècle », nous a-t-il confié.
