L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
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Dégel
Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, est allé à l’université d’été du Medef. Il a exhorté les chefs d’entreprise à se montrer « moins frileux ». J’ai trouvé cette expression pour le moins bizarre.
Bizarre tout d’abord parce qu’elle émane du représentant d’un gouvernement qui n’inspire pas lui-même l’audace. Notre pays croule sous les déficits avec une dette endémique et tout un chacun ne peut que constater que les autorités actuelles, comme les précédentes d’ailleurs, n’ont rien fait pour inverser la tendance. Montrez-vous « moins frileux », a-t-on envie de rétorquer au locataire de Bercy, pour maîtriser ce bateau ivre des dettes publiques et alléger le fardeau des générations à venir ! On sait tous que ces dettes sont de l’impôt différé et que le faible coût actuel des emprunt d’Etat ne s’explique, aux yeux des investisseurs internationaux, que par l’aptitude de notre Etat à lever l’impôt (ce qui n’était pas le cas de la Grèce) et par l’inclination des Français pour l’épargne (le gouvernement a les yeux de Chimène quand il lorgne sur la cagnotte des 1 600 milliards d’assurance vie). Le jour où les zinzins – dans les deux sens du terme – auront des doutes à ces sujets, chacun sait les conséquences pour la charge de la dette… et pour les épargnants.
Ensuite, cette expression « moins frileux » est surprenante parce qu’un chef d’entreprise, que je sache, ne se décide pas en fonction de ce genre de pulsions calorifiques et épidermiques mais en fonction d’un carnet de commandes. Aucun dirigeant de société n’a envie d’être « frileux » s’il a pléthore de clients ! Et quand le climat des affaires est au froid il est compréhensible d’être frileux, non ? Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas cette équation basique. J’en veux pour preuves récentes les moqueries suscitées par le départ cet été de monsieur Rebsamen du gouvernement. Bien des commentateurs croient que c’est le ministre du travail qui accentue ou infléchit une courbe du chômage ! Autre exemple, les railleries provoquées dans son camp par cet aveu de monsieur Macron lorsqu’emporté par sa sincérité il a déclaré à cette même université du Medef que « la gauche a cru que la France pouvait aller mieux en travaillant moins, c’était des fausses idées » !
Vous avez raison, votre « responsabilité en tant que ministre de l’Economie, c’est de lever les blocages qui vous empêchent d’embaucher, d’investir, de prendre des risques ». Oui, monsieur le ministre, pour être « frileux » encore faut-il que l’atmosphère se réchauffe. Prenez donc le risque de libérer l’envie d’entreprendre de ces carcans de glace qui l’entravent avec la fiscalité, les réglementations et normes, les contraintes et déclarations administratives ! Il faut dégeler notre économie.
Votre loi, monsieur Macron, avec ses quelque 300 articles et 90 000 mots, est-elle vraiment à la hauteur de cette nécessité ?
A noter : la directive BRRD sur la résolution des défaillances bancaires que j'évoquais dans mon dernier éditorial a été transposée, finalement, en droit français par une ordonnance n° 2015-1024 du 20 août 2015 parue au JO du 21. Très discrètement...
