L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
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Terrain miné
Lors de la récente conférence annuelle de l’ACPR, le gouverneur de la Banque de France a incité « de nouveau les organismes à la prudence dans la fixation des taux de revalorisation de leurs contrats d’assurance vie ». Le ton, ce fut mon impression, était assez serein. On était loin de ces commentaires alarmistes sur le risque que fait prendre aux sociétés d’assurance cet engagement à la fois de sécurité et de liquidité sur les fonds en euros. « Les sociétés d’assurance insistent, et c’est compréhensible, sur l’aspect négatif de la baisse des taux. Mais, a tenu à relativiser François Villeroy de Galhau, il existe aussi un aspect très positif, à savoir le stock très important de plus-values qu’a généré cette baisse ». Cependant, a souligné Bernard Delas, vice-président de l'ACPR, ces taux bas agissent comme un « poison lent », selon son expression. Pour ma part, je dirais comme un « garrot », avec un niveau de marges qui se rapproche de celui des charges de fonctionnement et des exigences de solvabilité. A ma question « à la lumière des comptes 2015, vous ACPR, avez-vous pu constater que des sociétés d’assurance ont dépassé la ligne jaune en termes de solvabilité ? » Bernard Delas, s’est montré très explicite : « on n’en est pas là du tout ». Bon, s’il le dit...
Pour autant, la mécanique du fonds en euros a de quoi angoisser. Ne serait-ce que parce qu’elle encourage à n’acheter que des produits de dette plutôt qu’à investir en fonds propres dans l’économie ! Et le gouverneur de déclarer : « J'encourage les pouvoirs publics et les professionnels à poursuivre leur réflexion en matière de réorientation de l’épargne, notamment via le développement de nouveaux produits d’épargne de long terme, répondant à la fois à l’environnement de taux bas et aux besoins de long terme des ménages (retraites) ». Sans le suggérer explicitement, il voudrait remettre à l’ordre du jour ce sempiternel débat – aussi sensible que l’ISF – des fonds de pension. Avis aux postulants à la prochaine élection présidentielle.
C’est une évidence : les entreprises ont besoin de capitaux propres. J’entends par « entreprises » les PME et les ETI, pas cette Bourse du CAC 40 qui, on le sait, ne sert plus à financer l’économie. Chacun sait que les unités de compte ne sont qu’un transfert de risque, sans plus. Bien sûr, le crowdfunding va dans le bon sens, mais on est très loin d’un mouvement de « foule » ! Le gouverneur, à juste titre, appelle, lui, à de « nouveaux produits d’épargne ». Une façon de souligner que les Perp, eurocroissance et autres fadaises inventées par la direction du Trésor ne correspondent pas à ce compromis qu’il suggère, « d’un meilleur rendement des ac- tions sur la durée, tout en favorisant le financement de l’investissement des entreprises ». Reste une épidermique question, celle de la fiscalité. Car, « il conviendrait, à tout le moins, d’éviter des distorsions fiscales au détriment de ces produits par rapport à l’épargne liquide et sans risque ». Attention, terrain miné...
