L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
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Flingueurs
Un grand classique du cinéma m’inspire avec cette histoire de PRIIPs. Vous connaissez la célèbre réplique de Francis Blanche, dans les Tontons flingueurs, « c'est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases ». C’est exactement ce que me suggère cette réglementation : c’est curieux chez les bureaucrates de Bruxelles ce besoin de faire des phrases ! Cette manie stupéfiante de tout embrouiller a de quoi inspirer un autre Brexit (Bruxelles exit). Franchement, il crève les yeux que tout cela va totalement à l’encontre de l’intérêt des épargnants.
Ce « Packaged Retail and Insurance-Based Investment Products » (PRIIPs) – on devrait brexiter toutes ces dénominations ! – s’inspirait d’une bonne intention : favoriser une information de base de l’épargnant et lui faciliter la comparaison entre les solutions d’investissement (avec le fameux KID, « key information document »). Soit. Mais les consignes d’application du règlement, publiées en avril, ont au final dénaturé l’objectif.
Ainsi ce galimatias du « Regulatory Technical Standards » ou RTS (les normes techniques de ce règlement), comme le dit Jean Lefebvre, « nous prépare des nuits blanches, des migraines, des nervous breakdown ». Les autorités de supervision ne voient-elles pas que ces exigences n’ont rien d’informatives et que, bien au contraire, elles sont dissuasives et rébarbatives, donc susceptibles d’induire en erreur et d’alourdir les frais pour rien ! A la suite du Brexit, le commissaire européen en charge du dossier, le conservateur anglais Jonathan Hill, a renoncé à ses fonctions. Espérons que le successeur reviendra sur terre ! Cette idée de « scénarios de performance future », dans trois hypothèses « défavorable », « modérée » ou « favorable », ne peut que tromper l’épargnant, plus que la référence à un passé qui, lui, factuel et incontestable, illustre la capacité du gérant à battre son indice de référence. De même pour la présentation des frais, on va sombrer dans la confusion.
Pour les assurances vie multisupports qui sont devenues le placement largement privilégié en France, cette réglementation introduit une nouvelle incroyable lourdeur paperassière. « Faut r'connaître… c'est du brutal ! » (dixit Bernard Blier). L’idée de l’architecture ouverte, avec cette liberté de choix, est clairement menacée par cette logorrhée réglementaire !
Le Brexit a suggéré à bien des politiques de repenser l’Europe et sa raison d’être. Il est grand temps que les tontons flingueurs de Bruxelles soient expédiés au « terminus des prétentieux » et qu’on arrête de « permettre au petit personnel de rêver ».
