L'Edito de Jean-Denis ErrardEditeur de Gestion de Fortune
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Pouic Pouic
Voilà une histoire tout à fait symptomatique de la façon « clochemerlienne » qu’est traitée l’épargne dans notre pays. Le lecteur qui me la raconte a été sollicité via le web pour une offre financière des plus douteuses. Il alerte alors l’AMF. « Ce n’est pas pour nous, demandez à la DGCCRF », lui rétorque-t-on. Soit, il adresse un mail à ladite administration de répression des fraudes. Pas de réaction, durant cinq mois. Il interroge alors le « service de protection économique du consommateur » à la préfecture dont dépend l’escroc en question et explique que cette offre pyramidale risque d’abuser bien des épargnants. Là, il obtient une réponse. Une « enquête approfondie va être effectuée ». Tellement approfondie que le dossier ne va sans doute jamais remonter à la surface ! Et d’indiquer à notre lanceur d’alerte que la préfecture « ne peut pas retirer ou interdire la parution d’informations qui seraient illicites ». L’escroc peut donc continuer à assassiner en toute quiétude l’épargne de ses concitoyens.
Des arnaqueurs comme celui-ci, qui émergent subitement sur votre écran alors que vous consultez le site officiel d’une société, on en voit de plus en plus. Le solliciteur en question poussent l’abnégation jusqu’à vous faire « partager » une « opportunité gagnante » pour « devenir riche rapidement, à votre rythme ». Il explique avoir placé 570 $ et treize jours plus tard « le logiciel qui travaille à votre place » affiche 894 $. « +56,85 %, qu’en dites-vous ? » Ben voyons ! Ce genre de truands prend aussi parfois les habits de l’honorabilité dans les salons. Et qu’a expliqué cette préfecture saisie par notre lecteur effaré ? Que cette affaire aussi illicite soit-elle « relève de l’appréciation souveraine des tribunaux ». Donc qu’il faut attendre des plaintes. Ainsi, des tonnes de réglementations nous protègent pour la qualité des boîtes de petits pois et autres biens de consommation, mais par contre pour l’épargne, là les voyous peuvent librement vous empoisonner. Curieux non ?
Si nos instances gouvernementales veulent mobiliser l’épargne pour la rendre utile ne conviendrait-il pas d’empêcher en amont ce genre d’agissements ? Est-il normal qu’on laisse prospérer les Aristophil, Apollonia et autres pendant des années avant de pleurer les désastres causés ? De soi-disant opportunités circulent sous le manteau comme ces gisements de terres rares ou de pierres précieuses. Voilà qui me rappelle cette concession pétrolière sur les bords de l'Orénoque, pour ceux qui ont vu Pouic Pouic, avec Louis de Funès… Sauf que là on n’a pas envie d’en rire.
