04122021

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Gestion de Fortune - Novembre 2021

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L'Edito de Jean-Denis Errard

 Aruspice

 L'intérêt des fonds d’investissement pour la gestion de patrimoine m’intrigue. On peut le comprendre dans bien des domaines d’activité prometteurs (informatique, biotechs entre autres). Mais là, je vois mal ! Certes, me direz-vous, ils ont de l’argent à ne plus savoir qu’en faire ! Et le crédit étant quasi gratuit, on peut racheter tout et n’importe quoi en prévoyant d’en sortir gagnant cinq ans après (c’est leur horizon d’investissement). Mais l’effet de levier ne semble pas si appétissant que ce que ces investisseurs semblent pronostiquer en payant des multiples d’ebitda de 13 à 15 fois et parfois bien plus pour des sociétés de gestion. Alors qu’est-ce qui peut exciter à ce point ces Bridgepoint, Blackfin, Apax et autres ?

Bien sûr, ces gestionnaires se disent que ce marché de la gestion de patrimoine est tellement atomisé qu’il va y avoir des super primes pour ceux qui vont devenir les leaders. Et puis ils se disent que les épargnants qui étaient jusqu’à maintenant des afficionados des livrets et des fonds euros d’assurance vie, peu profitables pour l’establishment financier, vont finir par basculer vers des placements beaucoup plus rémunérateurs pour les monteurs et les distributeurs, les rendements sans risque s’effondrant sous l’inflation. Ils se disent encore que les grandes banques, archi-dominantes sur la gestion de fortune, sont en perte de vitesse à cause de leur lourdeur à adapter leur process très industrialisés et donc, que de nouvelles structures à l’image de Cyrus, Crystal, Olifan vont être les rois du pétrole sur ce marché en pleine recomposition.

Certes, mais de là à croire que la gestion de patrimoine va entrer dans la catégorie des cash machines, justifiant des multiples de valorisation élevés comme ceux qui circulent dans les alcôves des cabinets d’avocats, je suis dubitatif ! La récurrence des rétrocommissions est-elle si évidente sur les cinq prochaines années ?

C’est vrai que la plupart des CGP, family offices et autres établissements spécialisés n’ont pas la taille suffisante pour absorber tous les coûts liés à une réglementation endémique et protéiforme ; liés aussi à un faire-savoir (marketing) et à un savoir-faire (expertises multiples) de plus en plus complexes, liés enfin aux technologies de communication, d’agrégation, de sécurité à mettre en œuvre. Donc, d’autres rapprochements sont inévitables. Mais les ratios de valorisation qui circulent font penser à cette métaphore du « beauty contest » utilisée par le célèbre économiste anglais Keynes pour fustiger les délires des marchés. Les évaluations ne se faisaient plus alors d’après les chiffres d’exploitation de l’entreprise, mais d’après une bulle d’irrationalité qui gonflait sur la base des intentions que les professionnels se prêtaient les uns aux autres.

Face à l’inertie des épargnants et à l’énorme capital confiance des grandes institutions bancaires, les petits calculs de « return on equity » des fonds d’investissement semblent hasardeux ! Toujours est-il que les gagnants sont ceux qui vont céder leur affaire à ces aruspices de la finance.